Oncle Archibald – Georges Brassens


le baiser de la mort. Trouvé sur flickr
le baiser de la mort. Trouvé sur flickr

Le thème de la mort est très présent dans les chansons de Georges Brassens. Oncle Archibald commence en s’adressant à tous ceux qui prospèrent sur l’angoisse de la mort, tous les menteurs. Ils sont nombreux et variés comme le suggère la longue énumération.

Celui qui paye les violons du bal, selon l’expression, est le niais qui paye pour les autres. Or quand on meurt, non seulement on ne paye plus personne mais surtout on a trouvé la vérité en quelque sorte.

 O vous les arracheurs de dents

Tous les cafards, les charlatans,

Les prophètes

Comptez plus sur Oncle Archibald

Pour payer les violons du bal

A vos fêtes.

Quand une personne meurt, le temps s’arrête pour elle. Si on tue quelque un, on lui vole le temps qui lui reste à vivre.

En courant sus à un voleur

Qui venait de lui chiper l’heure

A sa montre

Et quand on meurt, on rencontre la Mort, ici personnifiée en Reine de la nuit. Cette rencontre ultime est mise en valeur par le rejet en fin de phrase. Le sort, c’est le hasard mais aussi le destin et il rime fatalement avec la mort.

Oncle Archibald, coquin de sort

Fit de sa Majesté la Mort

La rencontre

Pour une reine, elle ne se conduit pas très bien mais son trottoir est celui du cimetière, mis en valeur en fin de phrase et rimant avec « suaire » . Cette image originale permet de désamorcer l’angoisse de la situation et d’insulter cette mort qu’on déteste mais rappelle aussi que parfois la mort peut nous tenter dans le cadre d’une solution de facilité, dans le cas d’envies suicidaires ou de conduites à risques.

Telle une femme de petite vertu

Elle arpentait le trottoir du

Cimetière

Aguichant les hommes en troussant

Un peu plus haut qu’il n’est décent

Son suaire

Mais Oncle Archibald se sent plein de vie et refuse l’offre en se moquant. La vie s’oppose à la mort de manière visuelle et physique: maigreur et rondeurs. Le champ lexical reste dans le thème avec l’expression «va te faire pendre ailleurs».

Oncle Archibald d’un ton gouailleur

Lui dit: «Va-t-en faire pendre ailleurs

Ton squelette

Fi des femelles décharnées

Vive les belles un tantinet

Rondelettes.

Mais on ne peut pas se soustraire à notre destin commun et voici l’ image du cavalier de l’ Apocalypse, teintée de mythologie avec la faux de Saturne:

Lors montant sur ses grands chevaux,

La Mort brandit la longue faux

D’agronome

Qu’elle serrait dans son linceul

Et faucha d’un seul coup d’un seul

Le bonhomme

 Comme il n’avait pas l’air content

(on le comprend). On retrouve ensuite le thème de l’Amour et de la Mort avec «aime» et «hymen» .

Elle lui dit: «ça fait longtemps

Que je t’aime

Un petit rappel que nous souhaiterions éviter: lorsque nous naissons, notre horloge se met en marche et nos heures sont comptées.

Et notre hymen à tous les deux

Etait prévu depuis le jour de

Ton baptême

Le grand intérêt de la Mort est que l’on n’a plus à fréquenter les imbéciles et à prendre des positions politiques que l‘anarchiste Brassens a toujours refusées en bloc. Le nombre des imbéciles ou des bêtes et méchants est longue, comme le suggère l’énumération. On voit à quel point les attaques qu’il a dû subir lui ont pesé.

Si tu te couches dans mes bras

Alors la vie te semblera

Plus facile

Tu y seras hors de portée

Des chiens, des loups et des

Imbéciles

Ces imbéciles sont de toutes les époques comme le suggère l’allusion à l’histoire plus ancienne de la France.

Nul ne contestera tes droits

Tu pourras crier: vive le roi

Sans intrigue

Si l’envie te prend de changer

Tu pourras crier sans danger

Vive la ligue

Toujours d’actualité, le fait de devoir payer ou travailler pour engraisser d’autres et de devoir se plier à des contraintes de toutes sortes.

Ton temps de dupe est révolu

Nul ne se paiera plus

Sur ta bête

Les plait-il maître

N’auront plus cours

Plus jamais tu n’auras à cour

ber la tête

Les pas des deux amoureux s’accordent à la rime «pas» et «pas».

Et mon oncle emboîta le pas

De la belle qui ne semblait pas

Si féroce

Et les voilà bras dessus bras dessous

Mais le mystère demeure toujours: où va-t-on après la mort ?

Les voilà partis je ne sais où

Faire leurs noces

Le dernier couplet reprend le début: la boucle est bouclée, la mort comme la vie est un éternel recommencement.

O vous les arracheurs de dents…

 

5 commentaires sur « Oncle Archibald – Georges Brassens »

  1. Analyse très intéressante ! 🙂 juste une petite coquille :
    « …la mort brandit la longue faux […] qu’elle SERRAIT (et non pas « cachait ») dans son linceul… »
    😉

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