Automne 2017


Voilier de Gilles (58)

Conseiller un bon livre ou un bon film, c’est comme offrir un cadeau. Pour ma part, je l’apprécie tout autant. Alors, pour fêter mes nouveaux abonnés et remercier les anciens de leur fidélité voici ma moisson d’automne :

Livres : 

  • The Giver – Lois Lowry ( Le Passeur en français)

C’est un roman initiatique pour adolescents mais sa lecture nous interpelle, quelque soit notre âge, et nous fait longuement réfléchir. Paru en 1993, il est étonnamment actuel et résonne profondément. C’est le premier d’une trilogie, donc de bons moments de lecture en perspective. Ce tome-ci vous fera intensément ressentir l’importance et le poids de la mémoire, de la liberté et des choix de vie. C’est le genre de roman qu’on a du mal à poser avant la fin. Le texte original ne présente pas de difficulté, profitez-en pour le découvrir.

  • Tales of the Otori – Lian Hearn / Accross The Nightingale Floor

Encore une trilogie ! Ce conte féodal asiatique est très bien écrit : c’est un véritable  plaisir ! Les personnages sont complexes, l’action prenante. On retrouve les éléments du conte et notre âme d’enfant mais l’auteur s’adresse bien aux adultes. La perte irrémédiable et brutale de l’enfance, les deuils, l’esprit de vengeance qui s’oppose à la fidélité à des valeurs, l’importance de l’apprentissage et les talents que nous pouvons cultiver, l’idée que rien n’arrive tout à fait par hasard sont autant de thèmes qui m’ont plu et, là encore, donnent à réfléchir.

 

Film :

  •  Tous les soleils – de Philippe Claudel

Daté de 2011, c’est un film dont on ressort plein d’énergie et d’envie de mordre dans la vie à pleines dents. Magnifiquement interprété, avec de beaux personnages et ce fabuleux thème de l’amour dont on ne se lasse pas : amour pour une femme mais aussi amour filial, fraternel, parental; l’amour qui entraîne parfois sur une fausse piste au lieu de la vraie vie… Enfin, là encore de quoi alimenter un « après- film » si vous le regardez avec des amis.

La musique est d’ailleurs un personnage à part entière, celle de la Tarentelle qui vous guérit de la piqûre de la tarentule, le mal d’amour.

J’ai de loin préféré ce film à « Il y a longtemps que je t’aime » du même auteur. Je suis, c’est vrai, très difficile, et je n’aime ni les comédies sans profondeur ni les films tristes. Il est pourtant difficile de parler de choses graves sur un ton léger, c’est un pari réussi ici.

 

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Printemps été 2017


Nous avons le sentiment d’être à la fin de notre type de société. La consommation, le « n’importe quoi » va bientôt finir, que cela nous plaise ou non. C’est angoissant mais aussi quelque part c’est passionnant de vivre une charnière historique. Si nous savons encore anticiper et ne pas attendre d’être dans le mur, cela peut très bien se passer. Cela sera accompagné peut-être par des élections, mais pas seulement. Cela viendra plus certainement du niveau local : quelques individus se regroupant et amorçant cette métamorphose du vivre ensemble, des communes mettant en œuvre de nouvelles idées, servant d’exemple à d’autres.

Bref, regardez le film Demain et vous aurez retrouvé le moral et l’envie d’avancer.

Des articles:

cous de poulets mijotés aux légumes

Queue de boeuf

Crumble ou Tatin de rhubarbe

Objets du passé

Suggestions de lecture :

  • La Fille d’Avant de J-P Delaney

Ce roman policier n’est pas le meilleur du siècle mais il m’a plu pour sa construction originale, sa modernité et son suspense. L’analyse psychologique est intéressante.  La maison a un rôle à jouer, de multiples manières. La réflexion sur les rapports entre architecture et santé mentale n’est pas non plus dénuée d’intérêt. Enfin, à « la fille d’avant » du titre répond « le garçon d’avant » dans la biographie de l’auteur, et c’est un clin d’œil émouvant.

  • La série des romans policiers de Camilla Lackberg

L’un de mes préférés est Le Tailleur de Pierre » mais il est très important de les lire dans l’ordre.

  • Le polar de Kriss Gardaz : Dans le Silence des Oiseaux. Editions l’Astre Bleu.

Toujours très bien écrit: cette auteure ne se contente pas d’à peu près et recherche toujours le mot juste. On a beaucoup de mal à lâcher ce livre une fois qu’on l’a commencé. L’action s’inscrit dans un temps et un lieu très précis, de nos jours et en Bourgogne du Sud, aux alentours de Tournus. Lisez-le donc rapidement, dans quelques années, il aura probablement pris un petit air rétro.  En plus j’adore l’image de couverture. Je ne veux pas en dire plus pour vous laisser l’intégralité du plaisir de la découverte.

L’Héritière


Ce film de 1949, que j’ai vu par hasard et par défaut au festival Lumière de Lyon, n’a pas pris une ride. Moi qui n’aime pas les vieux films en noir et blanc et qui suis très difficile à satisfaire, j’ai complètement adoré. Je me demande même si on ne le voit pas de manière complètement différente aujourd’hui, alors que nous avons plus de connaissances en psychologie, parfois bien superficielles.

On peut s’identifier au personnage, médiocre en tout, sauf en travaux d’aiguille et tapisserie. C’est souvent ainsi que l’on se voit quand on est jeune ou adolescent. Vos qualités ne sont pas appréciées, que ce soit en famille ou à l’école. Son père est désespéré. En société, personne ne la remarque, elle n’ose d’ailleurs pas ouvrir la bouche et n’a aucun esprit ni goût pour la conversation. Les cours de danse ou de musique ne peuvent la rendre plus gracieuse : elle n’a pas d’oreille, chante mal, danse mal. A l’époque et dans son cercle social, c’est une tare pour une femme.

Elle aime énormément son père et donnerait tout pour lui faire plaisir mais celui-ci la méprise et ne cherche aucunement à la rendre heureuse ou à la comprendre. Sa femme qu’il adorait est morte en mettant au monde cette enfant et il n’a de cesse de la comparer à l’image de perfection qu’il garde en souvenir. On comprend mieux pourquoi la jeune fille est tellement « couleur muraille » devant un objectif à ce point éloigné d’elle.heritiere3_t

Lorsqu’elle va tomber amoureuse d’un « coureur de dot », son père et sa tante vont avoir deux réactions opposées. Lui veut la mettre en garde et la protéger, elle pense qu’on ne peut lui refuser ce court instant de bonheur, même au prix d’une grande désillusion future.

On voit les thèmes dont on peut parler en classe ou entre amis après avoir vu ce film.

Olivia de Havilland recevra son deuxième oscar pour ce film de William Wyler, qui est une adaptation d’une pièce de théâtre à succès, elle-même tirée d’un roman d’Henry James paru en 1880 : Washington Square. L’histoire a également été reprise à l’opéra. Je n’ai pas vu la reprise de 1997 par Agnieska Holland.

Les dialogues sont ciselés et on rit souvent malgré le thème assez triste de la jeune fille trop naïve. Olivia de Havilland joue avec une finesse remarquable toutes les nuances de l’évolution psychologique de l’héroïne. A la fin, devenue cruelle dans sa vengeance, elle répondra à sa tante qui lui en fait la remarque : « J’ai eu de grands maîtres » en parlant de son père et de son fiancé.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la découverte de ce chef d’œuvre.

Eté 2016


 

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Cet été je vais renaître, sortir d’un long tunnel. Pour fêter cela, je recommande deux auteures :

  • Anne Perry, qui sait à merveille créer une ambiance et jouer sur la finesse psychologique de ses personnages de romans policiers historiques. On est transporté dans le Londres du XIXème siècle avec la série des Charlotte et Pitt, où toutes sortes de strates sociales se côtoient et s’ignorent en toute innocence. Comme aujourd’hui ?
  • Sue Monk Kidd, en particulier dans son best seller « The Secret Life of Bees » donne étonnamment à réfléchir sur la société américaine aux temps de l’esclavage et du sexisme. On dévore l’ouvrage qui devient encore plus passionnant à mesure qu’on avance vers la fin.

Ensuite, je dirai quelques mots du deuil du dernier parent, puisque telle a été mon actualité et que rien n’est plus commun.

Perdre son dernier parent, c’est perdre ses repères dans un premier temps, c’est faire le deuil de son enfance, c’est vivre des choses extrêmement complexes et contradictoires. Je conseille fortement de se faire aider par une ou deux séances de psychothérapie, en semi-hypnose de préférence, avec bien sûr un spécialiste habilité. Cela fait gagner beaucoup de temps et de souffrance en nous rendant plus fort et plus lucide pour entamer ce long travail de deuil qu’il faudra faire seul, de toutes façons.

En période de crise, les personnalités se révèlent. L’entourage bien sûr, ceux qui vous aident, ceux qui vous lâchent. Et puis le deuil, étymologiquement la douleur, est une épreuve initiatique qui nous fait changer aussi : on a moins de patience, plus de colère et on trie… beaucoup, parmi les objets et aussi parmi les personnes. On jette …beaucoup. On garde beaucoup aussi, les souvenirs évoluent, des liens se font qui projettent un nouvel éclairage. Il ne s’agit pas de regrets, on ne va pas réécrire l’histoire, mais de protection ou de décisions pour l’avenir. Les leçons portent. Le temps presse, tout d’un coup, avec la conscience des limites d’une vie.

Et on vide souvent la maison de son enfance. Parfois seul, alors même qu’on était une fratrie. Chacun s’y prendra différemment mais on n’échappe pas au pouvoir de certains objets. Il m’est apparu comme une sorte de devoir filial de tenir chaque objet dans mes mains avant de décider de ce qui en serait fait. Et j’ai avancé, jours après jours, dans ce travail souvent triste, parfois doux ou même parfois drôle. J’ai refait le chemin, retrouvant à partir d’un bijou fantaisie la jolie jeune femme des années soixante dont j’admirais l’élégance du haut de mes quatre ans, retrouvant les livres qui marquaient ma complicité avec mon père.

J’ai tout retraversé : les années, les disputes et les rires, les larmes et les conseils et toute une vie commune, commencée l’année de ma naissance et se terminant avec ce dernier décès, comme les dates sur une pierre tombale mais les dates mêlées de deux personnes différentes. Ce temps m’a semblé long mais éminemment nécessaire. Et lentement, petit à petit, j’ai achevé de dire adieu à mon enfance et à ma famille d’origine et, sans plus de tristesse et même avec une aptitude accrue au bonheur, j’ai réintégré le présent et la famille que j’ai créée.

 Et enfin un nouvel article, mais qui ne plaira pas à tout le monde : Judas ou le mal nécessaire

Et puis un deuxième, plus léger : la cousine Lucienne

Printemps 2016


promenade vers Thau (5)

Parlons d’émerveillement enfantin devant les couleurs et les parfums de cette saison de renaissance, parlons de projets, d’avenir, d’espoir, parlons aussi de sociologie, de psychologie et de politique avec les livres de Laurent Gounelle et en particulier Le Philosophe Qui n’était pas Sage que je recommande tout particulièrement.

Il s’agit d’un roman, au style certes un peu simple et attendu mais qui propose une réflexion plus approfondie qu’il n’y parait de prime abord et bien des sujets de conversation entre amis. Le sujet est très original, et si chaque personnage est souvent monochrome, l’ensemble des personnages propose une large palette des motivations et des réactions attendues de l’être humain et de nos sociétés occidentales. On a l’impression d’être un scientifique observant un groupe au microscope. L’ensemble se lit vite et facilement, on se laisse prendre par le suspense. Moi qui suis si difficile et si critique, j’ai adoré et j’ai lu les autres romans du même auteur dans la foulée. On en reparle dans vos commentaires ?

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Laurent Gounelle

Krakus les regarda quitter la hutte. Ces idiots n’étaient même pas capables d’apprécier tout le mal qu’il faisait. »

Hiver 2016 – 2017

 

 

Hiver 2015- 2016


carte postale

Après la folie furieuse et la haine de cette fin d’année 2015, je vous souhaite de connaître une année 2016 apaisée et constructive.

Apaisée par le temps de la réflexion, arrivant après celui des sentiments exacerbés : colère, angoisse, etc. qui sont de mauvais conseillers comme chacun sait.

Constructive car il va bien falloir qu’on se mette enfin à préparer ce changement de civilisation inéluctable, à nous y préparer aussi et à préparer nos enfants. Le film Demain peut aider.

On peut aussi espérer qu’on imaginera enfin d’autres valeurs que l’argent, des valeurs comme la générosité, l’entraide. Un peu partout sur notre planète, nous assistons à la création de groupes qui fonctionnent autrement : le covoiturage, la colocation, les jardins partagés, les maisons auto-suffisantes et tant d’autres choses encore à imaginer, comme cette machine à nettoyer les océans. Nous avons des raisons d’espérer et sans l’espoir il n’y a pas d’action.

Je fais partie depuis deux ans d’un groupe de tai Chi Taoiste : dans notre ville, nous étions trois personnes il y a deux ans, nous sommes plus de 100 maintenant et chaque semaine des nouveaux arrivent. Au milieu de la séance, nous prenons le thé ou toute autre boisson non alcoolisée ensemble. Ce temps fait intégralement partie de l’apprentissage. Nous discutons. Au fil des semaines, nous voyons les gens s’ouvrir aux autres, ils reçoivent et découvrent le plaisir de donner. Il n’y a aucun jugement et peu à peu les personnes se détendent, perdent leur carapace, apportent elles aussi des caramels faits maison ou tout autre chose qu’ils ont envie de partager. Un jeune homme, très renfermé au départ, discute aimablement avec une personne âgée : elle lui transmet la recette de sa grand-mère : un gâteau à la peau de lait… La vie est aussi faite de ces petits riens qui donnent des raisons d’espérer.

Bref, en ce mois de décembre, laissez-moi croire au Père Noël.