Irène et les Caractères de La Bruyère


La Bruyère
La Bruyère

Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir et il oublie de vivre

La Bruyère

Le personnage d’Irène aurait pour modèle Mme de Montespan à qui un médecin fit une réponse semblable à celle d’Esculape. On raconte en effet que la favorite était un peu hypocondriaque et qu’elle allait prendre les eaux, comme on disait à l’époque, pour guérir de ses maladies imaginaires.

Irène se rend donc en Epidaure pour solliciter l’avis du grand Esculape. Esculape, fils d’Apollon et élève du centaure Chiron, est considéré comme le dieu de la médecine.

Elle se plaint et les réponses pourraient être celles que vous retenez à grand peine sur le bout de votre langue lorsque une personne de votre entourage n’en finit pas de vous exposer par le menu les divers maux dont elle souffre.

La Bruyère poursuit par une longue énumération des plaintes, toutes assorties de réponses pleines d’humour.

Elle est sans appétit ? Qu’elle dîne peu.!

Sa vue baisse ? Qu’elle porte des lunettes!

Elle grossit ? Qu’elle se serve quelquefois de ses jambes pour marcher, réplique le dieu.

Elle vieillit? Quel remède à cela ?

Le plus court est de mourir, comme l’ont fait votre mère et votre aïeule.

La Bruyère poursuit par des réflexions sur l’appréhension paradoxale de la mort.

L’on espère de vieillir et l’on craint la vieillesse

On souhaite en effet vivre de nombreuses années et ne pas partir trop jeune mais on craint aussi l’extrême vieillesse. Il en est de même aujourd’hui. Nous arrivons même à la  situation extrême de l’acharnement thérapeutique.

Enfin, l’auteur médite sur le maigre usage que l’on fait de ce temps de vie qui nous est imparti :

La vie est un sommeil. Les vieillards sont ceux dont le sommeil a été plus long : ils ne commencent à se réveiller que quand il faut mourir

Il est vrai que beaucoup de personnes gardent peu de mémoire de leurs différentes années : rien de marquant, peu d’actions dont elles auraient lieu d’être fières. La vie semble s’être écoulée en un songe confus, comme le souligne si bien La Bruyère. Chacun sait que si l’on savait que le jour présent devait être notre dernier jour, nous en ferions meilleur usage.

Bien, La Bruyère n’avait pas la  « positive attitude », direz-vous. N’en restons donc pas à ces amères pensées et considérons premièrement qu’il nous reste encore du temps et qu’à bien réfléchir, sans avoir été de ces héros qui ont leur nom sur les plaques des rues, nous avons su simplement jouir de chaque instant, jour après jour et ce faisant, avons été peut-être moins importuns aux autres que cette pauvre Irène. Ce serait déjà beaucoup.

Le bonheur s’apprend, on devrait même l’enseigner à l’école, écrivait le philosophe Alain dans ses «Propos». Alors poursuivons notre étude.

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17 commentaires sur « Irène et les Caractères de La Bruyère »

  1. « En quoi ce caractère sous forme de dialogue nous livre une réflexion morale sur la nature et la condition humaine ? »
    Comment pourrais je y répondre svp ?

    1. Dans la première partie, Irène est un exemple qui correspond à beaucoup de personnes qui n’acceptent pas de vieillir. Vous avez certainement dans votre entourage une personne qui se plaint de ne plus être aussi jeune. Si ce que dit La Bruyère est encore valable aujourd’hui, c’est bien que la nature humaine n’a pas changé.

    1. On voit bien que le texte est drôle au début, avec des phrases courtes, des dialogues, et des réponses étonnantes du médecin. Ensuite, le ton change et devient plus sérieux, les phrases plus longues, le thème plus triste. On se moque d’un ensemble de personnes et plus d’une seule, même si Irène est un archétype.

  2. Bonsoir, que voulez vous dire avec « paradoxe » ?
    Quel problématique pourrait être envisagé mise à part celle énumérée ci dessous ?
    Merci

    1. Bonjour,
      Vous cherchez peut-être des choses très compliquées. Relisez bien la définition d’ironie dans le dictionnaire. Par exemple, Esculape se moque d’Irène en lui disant que le remède à la vieillesse est la mort. La mort peut difficilement être considérée comme un remède, même si bien sûr on n’est plus jamais malade ensuite. Cela signifie qu’il n’y a pas de remède ou un remède dont personne ne veut. Le mot « remède » est donc compris d’une manière bien étonnante.

  3. Bonjour je suis étudiante et je suis , en ce moment même , entrain d’étudier cet extrait de la Bruyère ; le problème c’est qu’on me demande d’expliquer comment apparait le côté hypocondriaque du personnage et comment s’exprime la satire morale . Sauf que je ne sais pas trop quoi répondre surtout pour la première demande . Est ce que vous pourriez m’aider a éclaircir la réponse s’il vous plait ?
    Merci

    1. Bonjour,
      le côté hypocondriaque se voit dans l’énumération des nombreux petits maux dont se plaint la personne et qui sont en fait des maux courants.
      La satire souligne qu’il faut bien un jour accepter de ne plus être jeune et en bonne santé : la médecine, même celle d’un dieu, ne peut tout soigner et tout « remettre à neuf » et que pour certains maux, le bon sens guide aussi bien qu’un médecin. Il convient bien entendu de replacer cela dans le contexte de l’époque.
      Enfin, plutôt que de nous plaindre, prenons le temps de profiter de ce que chaque jour nous offre. Carpe diem en quelque sorte.
      J’espère vous avoir aidée.
      Merci pour votre visite.

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