Le portrait ovale – Edgar Allan Poe


Edgar Allan Poe
Edgar Allan Poe

Le thème évoqué est assez original en littérature, bien qu’il soit présent dans nombre de superstitions qui supposent un lien direct entre la personne réelle et sa représentation, voire entre l’image et l’âme. Ainsi les statuettes piquées d’épingles font souffrir la personne représentée ou bien prendre une photographie de quelqu’ un serait emporter une partie de son âme.

Que révèle ou cache notre apparence ? Quels secrets inavouables se cachent derrière le masque souriant de l’honnête citoyen ? Le Portrait de Dorian Gray, écrit par Oscar Wilde en 1890 ouvrira cette voie dans la littérature fantastique.

Le Portrait Ovale est une courte nouvelle d’ Edgar Allan Poe, traduite par Charles Baudelaire en 1855. C‘est un véritable portrait peint par Robert Sully, exposé dans une galerie d’art de la 4th avenue à New York, qui donna à Poe l‘idée de départ.

Comme presque toujours dans la littérature fantastique, les deux explications coexistent: l’une totalement rationnelle, l’autre au contraire s’enfonçant dans des peurs et des croyances légendaires. Ces deux explications ne s’opposent pas mais se renforcent l’une et l’autre au contraire: si cet épisode est raconté en se parant des oripeaux de la raison (car la raison n’est qu’utilisée ici, elle n’est pas respectée), il fera plus forte impression encore. Cette double lecture est amenée par « aussi bien » dans l’extrait ci-dessous.

Dès les premières lignes, le décor est planté et une allusion à Anne Radcliffe, célèbre écrivain de littérature fantastique, finit de nous mettre dans l’ambiance. Le thème de « l’apparence » est déjà suggéré avec l’emploi de ce terme glissé dans le texte.

 Le château dans lequel mon domestique s’était avisé de pénétrer de force […] était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Appenins, aussi bien dans la réalité que dans l’imagination de Mistress Radcliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné. […] Nous nous installâmes dans une des chambres […] située dans une tour écartée du bâtiment.

Cette chambre, surchargée de décorations, trophées, tapisseries, tableaux, comporte de nombreux recoins.

Le narrateur est dans un état second : blessé, affaibli, fatigué. Cela explique que son imagination n’est plus aussi bien bridée. C’est la nuit, la période du sommeil ou du demi-sommeil, des rêves ou des cauchemars.

La réalité entrevue, objet de la nouvelle, ne l’est qu’à condition de déplacer le candélabre, ce que le narrateur fait à minuit pile : dans une niche cachée près du lit, un portrait plus extraordinaire que les autres apparaît. Le visage semble vivant.

Un petit livre trouvé sur l’oreiller donne des explications sur les divers tableaux et informe que le modèle, épouse du peintre, s‘est affaiblie  lors des séances de pose et a expiré à l‘instant même de la dernière touche.

Poe insiste sur ce que nous voyons lorsque nous regardons autour de nous: tous les témoins d’une scène ne verront pas la même chose. On ne voit souvent que ce qu’on souhaite voir. Ainsi le regard du peintre, concentré sur l’apparence, n’ira pas au-delà et ne comprendra pas que la vie quitte sa bien-aimée à mesure qu’il peint.

Si bien qu’il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait si lugubrement dans cette tour isolée desséchait la santé et les esprits de sa femme.

L’Amour motive un don de soi qui va jusqu’à offrir sa vie pour celui qu’on aime.

 Cependant elle souriait toujours et toujours sans se plaindre car elle voyait que le peintre […] prenait un plaisir vif et brûlant dans sa tâche

Ce même amour donne son génie à l‘artiste:

En vérité, ceux qui contemplaient le portrait parlaient à voix basse de sa ressemblance, comme d’une puissante merveille et comme une preuve non moins grande de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle qu’il peignait.

L’Amour est vu comme vampire dans ce château digne de celui de Dracula, et c’est par amour qu’on se donne et qu’on prend.

Et il ne voulait pas voir que les couleurs qu’il étalait sur la toile étaient tirées des joues de celle qui était assise auprès de lui.

Comme dans toute nouvelle bien construite, la chute est dans le dernier mot:  « morte ».

On peut relier ce portrait à un autre, dont le modèle et la copie sont liés de manière vitale : le Portrait de Dorian Gray

 

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32 commentaires sur « Le portrait ovale – Edgar Allan Poe »

  1. Bonjour,
    Comment expliquer en quoi consiste ce charme .
    J’avais deviné que le charme de la peinture était une epression vitale absolument adéquate à la vie elle même,
    Merci d’avance

      1. Bonjour, il est bien évident que l’on oppose la vie et mort ici. Quels sont les deux éléments qui représentent la mort et les deux autres qui représentent la vie selon vous ?

      2. Bonjour,
        La réponse se trouve bien évidemment dans le texte, je ne fais pas les devoirs des élèves à leur place, mais votre professeur saura vous expliquer ce qui vous semble obscur. Merci de votre visite.

    1. Il faut d’abord chercher la définition de littérature fantastique. Il faut ensuite relever dans le texte les éléments irrationnels, étranges. Si vous en trouvez, c’est la preuve qu’il s’agit bien d’un écrit fantastique et vous aurez la réponse à votre question.

  2. bonjour j’esPere que je ne ous derange pas … j’ai un deir a faire… c’est une bio sur edgar allain pollon alors pourriez vous m’aidez svp merci d’avance

  3. bonjour j’ai plusieurs question. Dans quel etat physique et morale se trouve le narrateur? Pourquoi ce decor peut il frapper l’imagination du narrateur? Montrez que ce passage (linge 1 a 23) correspond a un debut d’un recit fantastique? Pourquoi la femme est elle morte?

  4. je voudrais poser une question : est-que au moment ou le personnage principale rencontre « le portrait ovale » est-ce-qu’il est en train de rêver ?

  5. pourquoi avoir choisi comme titre « le portrait ovale » alors qu’il n’est pas question que la femme est un visage ovale
    comment expliquer ce titre ?
    merci

    1. Le format du tableau est ovale, pas forcément le visage en effet. Pourquoi ovale, pour une plus grande originalité peut-être, peut-être aussi parce que carré ou rectangulaire donnait moins une impression de flou avec les angles et les lignes droites. Nous en sommes réduits à des suppositions puisque l’auteur ne peut plus nous répondre. 🙂

    1. Il est difficile de parler « d’objectif » pour un texte littéraire, il y a ce que l’auteur souhaite dire mais le lecteur a lui aussi sa part dans la manière dont il comprend ou ressent le message, selon sa propre histoire. Après avoir lu cette nouvelle, il reste surtout beaucoup de questions et des pistes de réflexion : les différentes manières d’aimer, les points de vue qui diffèrent, l’aveuglement quand on n’a pas envie de voir…De quoi alimenter toute une discussion entre amis.

  6. Très bien…excellent plutôt! Mais une question me trotte, en quoi la chute est-elle préparée par le reste du récit ?

    1. Le transvasement de la vie entre le modèle et le portrait sont de plus en plus évidents, les couleurs en particulier. Autre thème intéressant et récurrent : le point de vue qui montre ou occulte. Le déplacement du candélabre au début mais aussi les témoins, qui ne voient pas tout à fait la même chose que le peintre, en sont des exemples.

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