l’enfant intérieur


Peter Pan
Peter Pan

Le terme d’enfant intérieur nous est amené en psychanalyse par Jung. Le concept peut varier selon le contexte mais il représente la part enfantine qui subsiste en chacun de nous à l’âge adulte. Ce peut être ce qui nous pousse à nous émerveiller comme  ce qui nous fait réagir impulsivement sans écouter la voix de la raison.

C’est en partie ce qui peut expliquer d’après Paul Radin, un collaborateur proche de Jung, que le « mythe du fripon » soit aussi éternel et partagé dans toutes les cultures. Le fripon est ce petit diablotin qui vous suggère à l’oreille de choisir plutôt la voie facile et amusante pendant qu’à l’autre oreille un petit ange auréolé peine à vous inciter à suivre le « bon » chemin.

« Il n’est guère de mythe aussi répandu dans le monde entier que celui que l’on connaît sous le nom de « mythe du Fripon » dont nous nous occuperons ici. Il y a peu de mythes dont nous puissions affirmer avec autant d’assurance qu’ils appartiennent aux plus anciens modes d’expression de l’humanité ; peu d’autres mythes ont conservé leur contenu originel de façon aussi inchangée. (…) Il est manifeste que nous nous trouvons ici en présence d’une figure et d’un thème, ou de divers thèmes, doués d’un charme particulier et durable et qui exercent une force d’attraction peu ordinaire sur l’humanité depuis les débuts de la civilisation. »

Mais je préfère encore cette citation tellement poétique de René Barbier, chercheur en sciences de l’éducation :

«  C’est un enfant qui prend le jour pour en faire sa cabane de feuillage. Il arrive à l’horizon de la mémoire sans aucun bruit sans aucune page Il n’a rien à nous dire Il est la Présence même. Il éclate de tous les rires de la terre. C’est un enfant pareil à la mer et pourtant c’est un enfant soleil. Il fait chanter toutes les colombes. Il adoucit les serpents du rouge vif. Il boit la rage et donne le rêve. Un jour nous le rencontrerons. Entre deux portes coquille de l’instant Il arrêtera notre visage. Il prolongera notre regard dans la surprise du torrent. Nous prendrons le temps du partage. C’est un enfant qui arrondit l’espoir pour le faire rouler et bleuir le monde. Il est la femme et il est l’homme entrelacés. Hélice de toute vie. Avec lui nous devenons plus humains. Avec lui fulgurante l’existence est royauté. »

Chaque terme est pesé et lourd de significations (au pluriel car la poésie est la seule manière de dire plusieurs choses en même temps).

Ainsi le terme « prendre » décrit bien le comportement immature de l’enfant : l’enfant prend, sans se soucier ni de la valeur de ce qu’il prend, ni de l’autre, ni des conséquences. Il donne du bonheur aussi, mais sans intention de donner, juste naturellement.

Ici, il prend « le jour », rien de moins, et pour en faire un jeu, un jouet fragile et peu durable mais un jeu qu’il habite et sur lequel il règne, un jeu fabriqué avec des éléments naturels : « sa cabane de feuillage ».

Il est le sujet de toutes les phrases : lorsqu’il est là, pas de dialogue mais un espace- temps préservé et hors du temps : « entre deux portes-coquilles de l’instant ».

Cet enfant arrive de notre enfance mais sans être un souvenir précis : « sans aucune page ».

Contrairement au fripon du début de l’article, cet enfant ne nous dit rien mais agit par sa présence même : nous en sommes habités, que nous le voulions ou non. Si nous ne l’avons pas encore rencontré, c’est simplement que nous n’avons pas voulu ou su le voir, trop préoccupés que nous sommes par nos soucis d’adulte.

Il a l’innocence de l’enfance mais il peut aussi en avoir la cruauté : » il éclate de tous les rires de la terre ». L’innocence dans son sens premier, c’est celui qui ne sait pas ce qu’il fait, celui qui habite encore le paradis perdu, qui n’a pas goûté au fruit de la connaissance.

J’aime l’image de l’espoir arrondi comme le monde,  qui roule comme un galet, qui ne cherche pas le profit (pierre qui roule n’amasse pas mousse) mais seulement l’émerveillement du voyage. Le concept de l’enfant intérieur est bien un archétype : il habite l’humanité entière. C’est l’enfant intérieur qui fait écrire au poète Eluard: « La terre est bleue comme une orange ».

Il fait partie intrinsèque de chacun comme l’ADN présent dans chacune de nos cellules : « hélice de toute vie », comme la part féminine en l’homme et masculine en la femme, il est l’enfant issu de deux parents et il est aussi ce rêve d’amour mythologique : l’hermaphrodite.

Enfin il est l’enfant-roi, avec la tyrannie de l’enfance. Il règne totalement sur l’instant, cet instant privilégié qui n’a aucune durée, qui ne prend pas l’avenir en considération : Cet instant de rencontre avec notre « enfant intérieur » passe à la vitesse de l’éclair avant que nous ne nous retrouvions à nouveau adulte : « avec lui fulgurante l’existence est royauté »

Malheureusement, ceux qui veulent prolonger cet instant magique vivent dans des sortes de limbes : ni adultes ni enfants, ils n’habitent aucun monde et sont atteints de ce qu’on appelle le syndrome de Peter Pan, on se moque d’eux comme dans le film « Tanguy ». L’explication est un peu courte et le raccourci facile, c’est beaucoup plus compliqué que cela, bien sûr.

J’ajouterai une petite hypothèse personnelle sur le thème de l’ogre dans les contes de fées :  l’Ogre ne dévore-t-il pas l’enfant qui est en nous afin de nous permettre de grandir et de devenir adulte ? C’est en assistant à un spectacle de la Compagnie du Chat Troubadour : L’Ogre et la Fée, que je me suis posé cette question.

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5 commentaires sur « l’enfant intérieur »

  1. Il y a aussi une autre forme d’enfant intérieur Annick… Je t’invite à lire « Prendre soin de l’enfant intérieur. Faire la paix avec soi. » de Thich Nhat Hanh. Il ne s’agit absolument pas du syndrome de Peter Pan et ça apporte beaucoup même à une laïque et pas bouddhiste comme moi 😉
    Voilà la présentation du livre sur le site Belfond : « Qui ne porte pas en lui ses blessures d’enfant ? Le grand maître du bouddhisme nous guide pas à pas pour apaiser la colère, la peur, la tristesse qui hantent encore nos vies d’adulte, et les transformer en une force de réconciliation et de compassion.

    Vous avez l’impression de ne pas avoir suffisamment confiance en vous ? De manquer parfois de recul face aux épreuves du quotidien ? D’être empêtré dans des angoisses dont vous n’identifiez pas l’origine ? Et si certaines de vos blessures d’enfant vous empêchaient de construire sereinement votre vie d’adulte ?

    Référence absolue dans l’enseignement bouddhique international, proposé pour le Nobel de la paix pour son engagement au Vietnam, le maître Thich Nhat Hanh nous offre des solutions pour affronter cette souffrance sourde et en venir à bout.

    À l’aide d’exercices de respiration, de concentration et de méditation en pleine conscience, il nous enseigne à écouter avec compassion l’enfant qui est en chacun de nous, à reconnaître et accepter avec lucidité les traumatismes du passé, et à lâcher prise.

    Jetant un pont entre la philosophie bouddhique et la tradition thérapeutique occidentale, un guide profondément rassurant, pour faire enfin la paix avec nous-même.
    Et j’aime bien ton image de l’ogre pour devenir adulte… ça réconcilie avec l’Ogre 😉

      1. Dans le cas de cet enfant intérieur il ne s’agit pas d’images ou de figures de l’imaginaire collectif, mais de notre construction psychologique.., l’auteur nous montre que pour chacun (aussi adulte soit il) notre propre vécu d’enfant est toujours au présent, il va même plus loin, il dit que nous portons aussi dans ce présent les enfants qu’ont été nos parents et grands parents… tous en nous, notre histoire familiale est là toute présente, sans même que nous en ayons une conscience ou une connaissance exacte, et cette histoire nous la portons en paix ou pas.. C’est vraiment intéressant, ça fait bien le lien avec la psychanalyse et la psycho occidentale, et c’est assez proche d’une thérapie en acte aussi… Tu vois ce n’est pas le syndrome de Peter Pan l’enfant intérieur (pour Jung non plus d’ailleurs), car ce n’est pas le « désir » de ne pas devenir adulte, mais le fait que chaque adulte est connecté à tout son vécu et à toute l’histoire de son histoire… Ce qui est intéressant dans le livre que je cite est ce que propose l’auteur pour faire la paix avec son passé aussi douloureux (ou pas) soit-il.. à lire 😉 ça passe par exemple par écouter, consoler, dialoguer… avec cet enfant que nous avons été, j’aime beaucoup sa vision du lien entre présent passé et futur… Je t’invite à le lire, à découvrir cette autre vision de la petite humanité que nous sommes… 🙂
        Merci Annick pour ce blog qui nous permet d’échanger.

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