Conférence sur le bonheur


Ayant assisté récemment (novembre 2018) à une conférence de Frédéric Lenoir, j’ai souhaité noter quelques idées phares pour moi-même puis j’ai décidé de les partager ici.

La première chose étant de savoir de quoi l’on parle, il convient de bien différencier le plaisir et le bonheur. Le plaisir ne dure qu’un moment, comme le dit la chanson, il provient de l’extérieur de nous-mêmes : une rencontre, un verre de bon vin… Bergson pense même qu’il est une ruse de la nature pour la survie de l’espèce.

Le bonheur est un état intérieur. Dans un livre intitulé Une Vie Bouleversée, La jeune philosophe néerlandaise Etty Hillesum, décédée à Auschwitz, affirme avoir réussi à être heureuse au coeur de cet enfer. Ce n’est certes pas donné à tout le monde de réussir une telle prouesse mais cela confirme l’idée que cet état ne s’acquiert pas sans effort et qu’il faut d’abord le décider.

On ne peut parler de plaisir sans citer Epicure qui, rappelons-le, prône la modération, rappelant « la sobriété heureuse » suggérée par Pierre Rabhi. En effet, l’excès en tout est nocif et acheter un moment de bonheur des regrets ou du bouleversement de toute une vie ne mène certes pas au bonheur. On peut le nommer syndrome DSK, comme le conférencier l’a fait avec humour, mais chacun a pu tester la gueule de bois ou, plus tristement, l’accident de la route pour un instant de griserie.

« Si tu veux, tu peux », pourrait être une devise stoïcienne, mais décider d’être heureux, comme l’avait écrit Voltaire, n’est pas le seul facteur pour installer l’état de bonheur. On ne peut négliger la part génétique de 50%, principalement la santé.

Un autre facteur est l’attention: être présent à ce qu’on est en train de faire est une des conditions pour que la Dopamine et la Sérotonine, entre autres, soient relâchées dans notre corps.

La gratitude est un élément important même s’il est bien difficile d’aimer la vie dans sa totalité. Savoir que les difficultés nous aident souvent à avancer et à grandir ne les rend pas pour autant plus faciles à accepter. La leçon d’Epictète pourrait se traduire par « ne pas lutter contre ce qui est hors de nos compétences, mais l’accompagner ». La philosophie de Nietzche nous apprend , elle aussi, à dire « oui » à la vie, à l’acceptation.  Le « lâcher-prise » est donc une clé.

Etre conscient du bonheur quand il passe car, comme l’écrit Jacques Prévert: « j’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant ». Le bonheur s’inscrit souvent dans de petites choses, on peut être bouleversé par la saveur d’un morceau de pain ou par une goutte de rosée sur un pétale de fleur… Ceux qui ont un toit, une famille aimante, une santé correcte et de quoi manger peuvent, et même doivent, s’insurger contre l’injustice et oeuvrer pour que cela cesse. Attention cependant à la colère et à la jalousie alors qu’en fait on dispose de plus de confort que la plupart des humains sur terre, sous peine de se rajouter individuellement et inutilement de quoi se sentir encore plus malheureux. Enfin, voter avec ses émotions s’avère très dangereux. Hitler ou d’autres dictateurs ou chefs d’état malfaisants ont été élus ainsi.

Un point important est de se connaître soi-même. Le bonheur est une recherche personnelle, inutile d’en donner les « recettes » à d’autres ou de singer le voisin. En nous intéressant à ce qu est bon pour nous, nous pourrons progresser vers la réalisation de notre être singulier.

Mais que signifie « nous réaliser ». Atteindre ses objectifs procure de la joie, qui est une émotion. Spinoza, le philosophe des émotions, où corps et esprit sont en interaction, discerne la joie active et la joie passive. Contrairement à la joie active, la joie passive est liée aux illusions et se changera en tristesse dès que celles-ci seront dissipées. C’est souvent vérifié pour le choc amoureux. La joie active s’appuie sur la vérité. L’amour vrai, par exemple, fait passer le bonheur de l’autre avant le sien et opère donc une forme de détachement. Lié par le coeur, il est détaché par l’esprit.

Je ne peux résister à vous raconter brièvement un conte soufie.

Un étranger s’approche d’une ville et apercevant un vieil homme assis près d’un arbre, il lui demande comment sont les habitants de ce lieu. Le sage lui retourne la question: « Comment étaient les gens dans la ville que tu as quittée ? » « Très agréables », répond le passant, « joyeux et généreux ». Le vieil homme le rassure aussitôt: « Les gens d’ici sont pareils, tu verras ».

L’homme s’en va et, peu après, voilà qu’un autre individu s’approche et pose la même question. A la demande du vieil homme, le voyageur répond que les habitants de la ville qu’il a quittée étaient de mauvaises personnes, jalouses et querelleuses. « Tu trouveras les mêmes ici », réplique le vieux sage.

Un passant qui a tout entendu reproche alors au vieil homme de répondre n’importe quoi, puisqu’à la même question, il assure une réalité opposée. « C’est », explique le sage, « que chaque homme porte le monde dans son regard ».

Soyez vigilants: quelle sorte de regard posez-vous sur le monde ?

Enfin, le philosophe Frédéric Lenoir a différencié une vie bonne d’une vie heureuse. Faut-il absolument rechercher le bonheur, souvent compris d’ailleurs comme un bonheur égoïste ? Etre généreux et penser au bonheur des autres est pour quelques-uns un accomplissement qu’ils préfèrent au bonheur.

Les questions du public ont permis d’aborder les thèmes de religion et spiritualité. La qualité collective de la religion s’oppose au travail individuel et intérieur de la spiritualité, souvent tourné vers l’amélioration de l’humanité. En un sens, « Jésus nous libère de la religion », expliquera le conférencier, en insistant sur l’aspect dramatique de religions sans spiritualité, sans questionnement personnel, qui aboutissent au fanatisme. A l’autre bout du spectre, le matérialisme, qui refuse toute spiritualité, représente également un danger. Pas de bonheur sans discernement donc, comme l’enseigne Epicure, en insistant sur la sagesse de la raison.

Le conférencier a défini la prière comme une forme de méditation avec objet, l’objet étant Dieu ou un saint par exemple, auxquel(s) on s’adresse. On peut la voir comme un coeur à coeur avec Dieu. Au contraire, la méditation est laïque et a pour but premier d’arriver à un état de calme mental et d’attention extrême à ce qui se passe en nous. Cette observation permet peu à peu de se distinguer de son ego et éventuellement d’atteindre l’éveil en connaissant le « soi », d’essence divine.

En conclusion, nous avons besoin de réunir émotion, raison et volonté pour nous affirmer et nous accomplir. La recherche de la performance, en nous mettant dans l’impossibilité de nous accomplir, engendre des dépressions, d’où l’importance de l’humilité.

Deux associations à connaître (et à aider):

  • Ensemble pour les animaux
  • fondation seve.org aide les enfants et les adolescents à mieux être et vivre ensemble par le biais de discussions philosophiques dès le plus jeune âge.

Une réflexion sur « Conférence sur le bonheur »

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