le sapin – conte d’Andersen


sapin de Noël
sapin de Noël

Rappelons qu’Andersen a écrit des contes mais non des contes de fées. En effet, ils se terminent rarement bien pour le héros et sont empreints du pessimisme propre à leur auteur. La morale qu’ils portent est souvent désabusée.

Le Sapin est un conte sur la vie et sa brièveté ainsi que sur le sens qu’on lui donne : quand peut-on dire qu’on a réussi sa vie ? Dans notre quête incessante, voire frénétique du bonheur, n’est-on pas toujours en décalage temporel au lieu de profiter de ce que chaque jour nous offre ?

Le personnage principal est un sapin, on l’a compris. La traduction est de P.G. La Chesnais dans une édition de Flammarion superbement illustrée par Adrienne Ségur..

Au début, ce petit sapin ne sait pas ce contenter de ce que la vie lui offre : soleil, chants d’oiseaux, rires d’enfants… Il n’a qu’une ambition : grandir.

L’auteur insinue déjà une première critique de la société qui éloigne de la nature et des plaisirs simples. L’individu veut se conformer au «moule» :

Oh, si j’étais un grand arbre comme les autres, soupirait le petit sapin […] quand il ferait du vent, je saluerais de la tête aussi poliment que les autres !

Il observe pourtant qu’être grand et remarquable peut être dangereux :

En automne, venaient chaque année les bûcherons, qui abattaient les plus grands arbres et le jeune sapin, qui avait pris de la taille, en était tout tremblant, car les grands arbres magnifiques tombaient à terre avec fracas et craquements.

Et qu’y a-t-il après la vie que nous connaissons ?

Où allaient ces sapins dépouillés de leurs branches ? Quel sort les attendait ?

C’est une grande voyageuse, la cigogne, qui a une réponse :

J’ai rencontré beaucoup de vaisseaux neufs lorsque je me sui envolée d’Egypte ; il y avait sur les vaisseaux des mats superbes; je peux bien dire que c’étaient eux, ils sentaient le sapin; je te salue de leur part, oh, ils portent la tête haute !

Et bien que les rayons du soleil lui conseillent de se réjouir de sa jeune vie telle qu’elle est, voilà notre sapin qui rêve de traverser les océans.

Voici venu décembre et on vient couper des sapins parfois plus petits que notre héros : on leur laisse toutes leurs branches. Nouveau mystère, éclairci par les moineaux :

Ils arrivent dans la plus grande splendeur qu’on peut imaginer ! Nous avons regardé par la fenêtre et nous avons vu qu’ils sont plantés au milieu du salon chauffé et orné d’objets charmants.

Le sapin tressaille d’envie. Mais qu’arrive-t-il ensuite ? Les moineaux n’en savent pas plus.

Au Noël suivant, son vœu fut exaucé : il fut le premier abattu.

La hache trancha profondément dans sa moelle

La douleur décrite est à l’image de la douleur d’Andersen qui dut quitter sa famille et son milieu social pour aller briller dans les salons. L’image du déracinement et de la moelle, qui représente son être véritable, montrent ce déchirement.

Il savait bien qu’il ne verrait plus les chers vieux camarades.

Arrivé au salon et paré, il attend encore d’être plus loin dans son existence, il attend le moment où il sera admiré. Il n’ose plus bouger une branche : il est passif et c’est encore une étape dans la perte de son identité, de sa vie.

Le soir arrive et il s’aperçoit alors que ce n’est pas lui qu’on admire : pas son être véritable mais seulement les lumières et les cadeaux qui l’ornent.

Les enfants faisaient des pirouettes avec leurs jouets superbes, personne ne regardait l’arbre.

Les enfants sont d’ailleurs représentés comme de petits êtres brutaux, bruyants, capricieux.

Enfin, un conteur s’assied sous les branches pour raconter une histoire aux enfants. Le sapin n’a jamais entendu d’histoires et celle-ci, qu’il croit vraie dans sa naïveté, le fait rêver encore : peut-être aura-t-il une princesse, lui aussi, comme le héros de l’histoire.

Mais on sait qu’Andersen, s’il était souvent invité dans les salons pour «orner» la conversation, fut refusé de la femme qu’il aimait et souhaitait épouser, et cela à cause de ses origines populaires. Et personne ne s’intéressait à lui, à sa vie, à ce qu’il était vraiment, mais seulement à sa notoriété et au brillant des bijoux qu’étaient ses contes.

Le sapin passe la nuit dans le salon, à attendre le soir suivant, et peut-être une nouvelle histoire.

Mais au matin le voilà emporté dans une remise où il moisira pendant des mois.

Il semblait qu’on l’eût tout à fait oublié

Ainsi vont les modes et le succès.

Il souffre de la solitude mais heureusement des petites souris impertinentes viennent écouter son histoire. Et c’est un certain succès à nouveau, les petites souris viennent plus nombreuses chaque soir :

Tu as beaucoup vu ! Comme tu as été heureux !

Comme tu racontes bien !

Et le sapin réfléchit et se rend compte que oui, il a été heureux dans sa vie.

Ils n’ont pas la même idée de «l’endroit le plus exquis de la terre» qui est pour les souris le garde-manger. Autre point de critique d’une société qui voudrait uniformiser les individus au lieu d’accepter leurs différences.

Un petit coup de patte aux critiques littéraires qui indiquent quel goût doit avoir le public :

Le dimanche, il vint même deux rats ; mais ils dirent que l’histoire n’était pas amusante, et les petites souris en furent chagrinées car le conte, alors, leur plut moins.

Au printemps, on le jette dehors et, piétiné, insulté, il regrette alors la solitude du grenier mais il est alors capable de contempler la splendeur de la nature au jardin.

C’est fini, songeait le pauvre arbre, si au moins j’avais été heureux quand je le pouvais.

Lorsque l’arbre est brûlé, chaque éclat qui se consume emporte avec lui un des souvenirs du sapin, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.

Et, dit l’auteur :

L’histoire est finie aussi, finie, comme toutes les histoires !

 On serait tenté d’ajouter: et  à l’image de chacune de nos vies.

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