un changement insensible mais réél


Ayant dû vider la maison de mes parents, je me suis rendue compte d’un changement dans les habitudes de vie entre leur génération et celle de mes enfants. Je souhaitais leur donner du linge de maison neuf, provenant parfois de trisaïeuls. L’habitude alors était pour les jeunes filles de se constituer un trousseau qu’elles brodaient à leurs initiales. Les pièces allaient par douzaine, ce nombre étant parfois multiplié par 2 ou 3 ! Douze draps et 48 torchons par exemple. une vie ne suffisant pas à utiliser tout ce linge, il passait parfois à la génération suivante, alimentant encore d’autres trousseaux et ce, sans problème, puisque les habitudes de vie différaient peu.

Cependant aujourd’hui :

  • les lits sont souvent de 160 cm de large
  • on utilise draps housse et housse de couette
  • les draps sont en percale et non plus en lin ou en coton très rêche au toucher, censé durer longtemps.
  • on utilise peu de torchons puisqu’il y a des lave -vaisselle
  • on utilise peu de nappes puisqu’on reçoit avec des nappes en papier ou non-tissé permettant de faire une jolie décoration chaque fois renouvelée. Il s’agit aussi souvent de goûters ou de pique-nique…
  • on utilise plutôt des draps de douche et de petites serviettes et assez peu de grandes serviettes de toilette.
  • on n’utilise presque plus de gants de toilette, on prend plus de douches.

Pour les meubles, c’est pareil. Exit la table de salle à manger qui trônait dans une pièce où on allait qu’en cas de réception : une seule table dans la pièce à vivre avec la cuisine américaine.

Plus de belle vaisselle, puisqu’on reçoit peu et autrement et qu’il n’y a plus de place dans les logements exigus, différents des grandes maisons avec jardin. Plus de salon de jardin non plus, ni de grosse armoire.

Et les livres ? La bibliothèque ? On lit sur tablette, on télécharge les musiques aussi. On se passe de téléviseur, de chaine stéréo, d’albums photos.

Mais les bijoux ?

Il existe des possibilités de louer ses vêtements et bijoux, moyennant un abonnement mensuel. Pareil pour les tableaux et autres décorations artistiques qu’on aime renouveler. Les montres ont bien changé et vous indiquent aujourd’hui le nombre de pas qu’il vous reste à faire dans la journée pour garder forme et santé.

Quoi d’autre ? Les pendules et autres horloges sont devenues inutiles. De même que le beau papier à lettre, les stylos à plume or et toutes sortes de bibelots couteux, de vitrines désuètes, de bureaux (on travaille dans le train). Les jouets d’enfants ne sont plus aux normes. Peu de chaises : un fauteuil et des tabourets suffisent à qui passe peu de temps chez soi.

Voilà, c’était une petite séquence nostalgie mais sans jugement aucun, bien au contraire : les jeunes adultes sont allégés, ils déménagent facilement et ne se sentent pas dépositaires de l’âme des objets choisis par d’autres. Ils ont raison, au moins raison de choisir leur vie et leur décor. Cet allègement, ce détachement du matériel est aussi dans la tête et souvent au profit du spirituel ou d’un temps mieux employé et d’une autre forme de consommation, moins durable mais aussi restreinte à l’utile. J’attends l’éclairage de sociologues sur cette nouvelle façon de vivre, de penser et d’aimer, sur cette liberté inconnue à d’autres époques.

 

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