Judas ou le mal nécessaire


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Avertissement : ces interrogations peuvent choquer la croyance de certaines personnes. Ce n’est pas intentionnel, je ne fais que mentionner une hypothèse.

Ce personnage biblique qu’est Judas, dit Judas Iscariot, m’a toujours intéressée par sa complexité et par le rejet unanime qu’il suscite. D’abord il est et il n’est pas, c’est-à-dire que son existence historique n’est pas prouvée: il pourrait avoir été inventé pour les besoins de la légende, ce qui signifie qu’il a son utilité. Rien n’appelle plus l’adhésion que les récits de martyre et de don total de soi à la cause. Si Jésus était mort dans son lit, après le « naufrage » de la vieillesse, il n’aurait pas suscité autant de ferveur. Il fallait qu’il meure violemment et qu’il meure jeune. Ainsi si Che Guevara avait vieilli aux responsabilités, il ne serait jamais devenu une icône.

Partant de ce postulat, je me suis souvent posé la question suivante : et si Jésus qui savait tout, étant le fils de Dieu, avait programmé son arrestation? Lors de la Cène, il annonce en effet que Judas le dénoncera et que Pierre le reniera. Prédit-il l’avenir ou donne-t-il ses instructions ? Il donne en tous cas ensuite ses instructions quand à la liturgie (la communion), et aux commandements (« aimez-vous les uns les autres ») toujours d’après les évangiles, donc d’après les témoignages directs de ceux qui ont assisté à ce dernier repas.

« Je connais, moi, ceux que j’ai choisis. Mais c’est pour que l’Écriture s’accomplisse. »

« En vérité je vous dis que l’un de vous me livrera »

On dirait que Jésus le désigne pour accomplir cette difficile part de la mise en place de la nouvelle religion :

« C’est celui pour qui je tremperai la bouchée et à qui je la donnerai. Trempant alors la bouchée, il la donne à Judas. Et après la bouchée, Satan fit en lui son entrée. Jésus lui dit donc: « ce que tu fais, fais-le bien vite. » Après cette étrange communion, similaire aux suivantes, mais qui appelle le diable,  Judas sort aussitôt.

(Jean – 13, 18-34)

Judas, le trésorier de Jésus, gagnera trente deniers pour cette trahison. La manière dont il désigne Jésus, en l’embrassant, pose également bien des questions. Pourquoi cette dualité, cette ambivalence : L’amour et la haine, la fidélité à ce qui est annoncé et la trahison? Cela  me fait penser au Yin et au Yang et à la monade des taoïstes. Le mal est dans le bien et inversement, comme le noir est dans le blanc et le blanc dans le noir.Tout semble étroitement imbriqué pour obtenir un équilibre. Notion délicate et difficile.

Les douze apôtres devront donner beaucoup d’eux-mêmes pour répondre à l’appel de Jésus: pour certains ce sera la vie, pour d’autres l’exil, le travail des Écritures, mais peut-être que nul ne fera plus grand sacrifice que Judas : sa réputation et son honneur.

Judas a trahi Jésus pour 30 deniers : 30 centimes ? 30 euros ? Une valeur ridiculement basse en tous cas en rapport avec le sacrifice consenti : trahir son ami. N’est-ce pas au fond l’idée que toute trahison, toute action mauvaise faite pour de l’argent est toujours trop peu payée par rapport au sacrifice consenti? Le géant Monsanto, les politiciens ou les industriels véreux et vénaux, ne perdent-ils pas beaucoup plus qu’ils ne gagnent en détruisant la planète ou le bonheur d’une famille, la sécurité de citoyens ou la vie d’un enfant ?

Quittons ce premier sujet et intéressons-nous maintenant à une victime collatérale, un autre Judas, un homme courageux et bien né mais qui n’a pas de chance à plusieurs titres :

D’abord, il porte le même nom que Judas et subit donc les conséquences de cette confusion, comme cela arrive encore aujourd’hui à ceux qui portent le même nom qu’un terroriste ou un assassin.

Pour éviter ce problème, il a bien  un surnom : Taddée, ou Addai, mais il est aussi connu comme Judas le Zélote, ce qui pourrait signifier « le zélé » ou bien indiquer qu’il faisait partie de groupe contestataire des Zélotes. Enfin, on l’appelle aussi Judas Barsabas. N’importe quelle agence de com’ vous dirait aujourd’hui que tous ces noms différents brouillent l’image de marque.

Ensuite, il serait le frère de Jésus. « Horreur », crient les catholiques, « Marie est vierge et doit le rester. Il serait un peu difficile de faire avaler aux gens qu’elle a eu plusieurs enfants en étant vierge. Déjà un, ce n’était pas évident, et il a fallu trucider quelques milliers de dubitatifs. » C’est vrai que ce mythe de la virginité de Marie ne date que du XIIème siècle, à cause d’une erreur de traduction : »jeune fille » est devenue « vierge » mais c’est un détail.

Bon, on va dire que c’est son demi-frère, fils de Joseph. D’ailleurs Jésus a quatre frères. Ah, Marie est cocue alors ? Non, c’était avant qu’il la connaisse ou alors il a plusieurs femmes, ou c’était peut-être un cousin de Jésus, c’est pénible à la fin. Bon, on passe là-dessus… Mais c’était un des douze apôtres ? Oui… enfin… peut-être… en tous cas l’un des soixante-dix disciples.

Pour l’Église d’Arménie, c’est un de ses fondateurs, c’est lui qui a évangélisé toute cette région du monde, avec l’aide de St Barthélémy. Il ne s’est pas donné tout ce mal pour rien, il est vénéré, d’autant plus qu’il a été martyrisé lui aussi. On lui a coupé la tête vers l’an 44 ou 46  parce qu’il avait convaincu une grande foule de gens de prendre toutes leurs affaires et d’aller les jeter dans le Jourdain. Mais ils ont été tous arrêtés ou tués avant, sur ordre du procureur Tuscus Fadus, qui ne voulait peut-être pas qu’on pollue le fleuve.

Évidemment, chaque Église a sa version et traite les autres de crétines, euh pardon, de groupes de personnes ayant fait de petites erreurs de compréhension ou de traduction, des confusions, parce que certaines sonorités se ressemblent. On peut le comprendre, tout le monde n’a pas la science infuse comme nous. Bref, il y a les incohérents (les autres) et nous.

Mais Judas Taddée a écrit quelque chose lui aussi : l’Épitre de Jude, enfin, on n’est pas sûr de ça non plus. En tous cas, il eut des descendants, qui continuèrent son œuvre de christianisation. Ses petits-fils, arrêtés pour cette raison, expliquèrent si bien à l’Empereur Domitien que le royaume en question dans leur religion n’était ni dans cette vie ni sur cette terre et qu’il n’avait rien à craindre, que celui-ci prit les chrétiens pour des simples d’esprits ou des naïfs et qu’il cessa toute persécution à leur égard.

Il semblerait que Judas Taddée soit invoqué comme Sainte Rita pour les causes désespérés mais je n’ai pu en trouver la confirmation. Continuez donc d’invoquer Sainte Rita, c’est plus sûr.

 

 

 

 

Un commentaire sur « Judas ou le mal nécessaire »

  1. Il ne faut heureusement pas mourir jeune pour devenir une icône de la Paix. Beaucoup d’hommes l’ont été et le seront en ayant vécu un grand âge (Gandhi,Nelson Mandela, Léopold Senghor, Jean-Paul II et tant d’autres).
    Par ailleurs l’écriture existait et le peuple juif qui appliquait le recensement peuvent en témoigner.

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