Myriam, la sœur de Moïse


Le don de Dieu à Myriam : l’eau

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Myriam est la sœur aînée de Moïse. On se souvient que Pharaon avait décrété que tous les bébés juifs mâles devaient être tués mais qu’on laissait en vie les petites filles. La mère de Moïse réussit à cacher le bébé pendant 3 mois mais il fallut ensuite trouver une solution. Elle le place donc dans un panier enduit de poix pour l’imperméabiliser. La jeune Myriam suit des yeux le panier depuis la rive puis propose à la fille du Pharaon qui a recueilli le bébé de lui trouver une nourrice : sa propre mère. C’est ainsi que Moïse fut sauvé par Myriam puis élevé par sa mère dans son enfance, toujours grâce à elle.

Après la traversée de la Mer Rouge,  cette jeune femme pleine de ressources fait chanter et danser les femmes avec son tambourin en une sorte d’action de grâces. L’image est sympathique mais les paroles du chant ne plairont pas aux défenseurs des animaux : Myriam se plait à rappeler que cheval et cavalier égyptien (au singulier) ont été précipités dans la mer. On sait que nombre de chevaux sont morts sur les champs de bataille au cours des guerres mais de là à s’en réjouir. .. Evidemment, on peut penser aussi qu’un adversaire se compose d’une force ou énergie ( symbolisé ici par le cheval) et d’un organe de décision (le cavalier) …

Après avoir accompagné l’eau qui soutient son frère bébé (Moïse est porté par les eaux comme le sera Jésus plus tard), puis avoir célébré l’eau dévastatrice qui a éliminé leurs ennemis, Myriam recevra de Dieu le don de l’eau salvatrice avec un puits portatif très utile au milieu du désert, surtout quand on met 40 ans à le traverser. Ce puits apparaîtra chaque soir devant le tabernacle.

Myriam et le tambourin, Myriam et le puits… Myriam la prophétesse…Myriam voudrait aussi un peu de reconnaissance de son statut. Après tout, Aaron, Moïse et elle-même sont toujours ensemble et on ne parle que de Moïse. Il semble qu’une des significations de son nom soit « rebelle », elle va donc se rebeller et pour cela commence à descendre un peu Moïse de son piédestal. Il faut lui trouver un défaut mais il n’en a pas beaucoup, sauf peut-être le choix de sa femme, une étrangère ! Serait-elle raciste, cette précurseure du féminisme ? Comme elle s’entend bien également avec son autre frère Aaron, ils en discutent entre eux mais Dieu a l’oreille fine, il a tout entendu et ils sont convoqués dans son bureau, euh, sous une tente, pour une remontée de bretelles.  Moïse les accompagne.

Dieu explique alors la différence entre un prophète comme Aaron ou elle et Moïse : ils ne jouent pas du tout dans la même cour. Moïse est capable de percevoir Dieu, il est en direct avec Lui « bouche à bouche », c’est-à-dire que les paroles de Moïse sont celles de Dieu. Aaron n’est qu’une sorte de haut-parleur, Moïse ayant un défaut d’élocution alors que son frère passe pour être un excellent orateur. D’ailleurs il est présenté comme le prophète de Moïse, c’est-à-dire sa voix, ce qui sous-entend bien que Moïse devient divin sur terre. Dieu explique que les simples prophètes comme eux ( Myriam et Aaron) reçoivent les révélations en rêve ou en visions, en une sorte de décalage passant par le cerveau, avec des métaphores, des symboles, des énigmes. Les prophètes ne sont pas des dieux, avis à la population, et ceux qui se prennent pour Dieu font perdre du temps à tout le monde.

Dieu décide de la punition : la lèpre pour Myriam, rien pour Aaron. Dans la Bible, la lèpre est une maladie qui a un statut à part. Elle rend le malade impur mais sa blancheur est aussi un symbole de pureté. Le texte biblique insiste sur cette blancheur. En tous cas, comme la rébellion, cela peut être contagieux. Myriam est donc placée à l’isolement pendant 7 jours. Anouilh a évoqué le thème de la pureté de la rébellion dans sa pièce Antigone, pureté incompatible avec l’action.

Aaron a cette parole étrange en s’adressant à l’Eternel : « ne nous fais pas porter la peine du péché que nous avons commis en insensés ». C’est comme s’il était touché aussi directement que Myriam et il revendique ce péché commun avec l’emploi du « nous ». Le péché est une notion difficile à appréhender, cela peut être une erreur de jugement, une mauvaise décision, sans notion morale de bien et de mal, sans volonté de mal faire. Aaron voudrait éviter les conséquences (la peine) de ce manque de discernement et Moïse demande donc à Dieu de guérir Myriam.

Tout le monde l’attend mais une semaine sur 40 ans, le retard ne semble pas dramatique! Myriam mourra un mois plus tard, à Kadès, où elle sera enterrée mais si l’on calcule bien, elle ne doit pas avoir loin de 100 ans, étant la soeur aînée de Moïse qui en accuse 80.

Je vois ces trois personnages comme une trinité, c’est-à-dire les trois facettes d’une même personne: Moïse serait l’étincelle divine que certaines personnes sentent en eux, Myriam représenterait notre esprit avec l’art et l’imagination au pouvoir, le rêve, l’envie de progrès, la remise en cause, la réflexion, ce qu’il peut y avoir de féminin en chacun de nous…Et le pauvre Aaron alors ? Il n’a ni personnalité, ni idées propres. Il pourrait être l’enveloppe corporelle, le support physique des deux autres entités.

Il est intéressant de noter que la lèpre n’a pas touché Aaron, le corps mais Myriam, l’esprit. C’est cet esprit qui a protégé l’étincelle divine (Moïse bébé) mais l’esprit doit maintenant prendre le temps de la réflexion, comme Jonas dans le ventre du poisson ( le Léviathan ). Il faut peut-être apprendre à se méfier de soi-même, de ce cerveau humain qui croit avoir compris mais qui ne sait pas grand-chose, qui est incapable de percevoir Dieu avec sa seule logique, son intelligence ou son imagination.

Il y aurait encore beaucoup à dire, comme par exemple que dans la « geometria » hébraïque, le total des nombres associés aux lettres du prénom Myriam  est 40, comme les 40 ans de l’exode.

Myriam, c’est aussi le prénom Marie. Myriam sauve la vie de son frère et assure son éducation, un peu comme une mère qui serait restée vierge.

Enfin, le « mi » a le sens de sec, tandis que le « ma » symbolise l’humide. Et voilà notre puits dans le désert comme écrit dans le prénom.

Comme ma réflexion est loin d’être achevée sur ce personnage et les symboles qui l’entourent, j’apprécierais tout commentaire éclairant venant de mes lecteurs.

Pour rappel : les autres femmes de la Bible étudiées dans ce blog

Judith, la dame de cœur

Bethsabée

Salomé

Rachel, la Dame de carreau

 

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4 réflexions sur « Myriam, la sœur de Moïse »

  1. Bonjour,
    Permettez quelques mots sur Myriam, la réelle.
    MYRIAM
    Myriam, c’est la grande femme dont le nom brille dans l’histoire du peuple d’Israël, comme une resplendissante lumière qui éclaire plus de dix siècles ; c’est elle qui est l’auteur d’un livre de science, le Sépher, qui servira à faire le premier Livre de la Bible, la Genèse, qui en sera la caricature.
    C’est la grande prophétesse dont on fera une sœur de Moïse, quand on inventera Moïse pour la cacher, ne pouvant pas la supprimer tout à fait.
    Mais que de contradictions dans cette histoire, conséquence naturelle du mensonge !
    Ainsi, d’abord, pour les uns elle est la sœur d’Aaron, pour d’autres elle est sa femme. Et, en effet, il est formellement dit qu’Aaron est le « sacrificateur » de Mocé. Ce mot, si nous voulions lui donner une signification moderne, ne pourrait être rendu que par le mot « amant ». Du reste, quel homme aurait joué un si grand rôle auprès d’une femme s’il n’avait été plus que son frère ?
    Il faut se rappeler, du reste, que dans les temps gynécocratiques, la femme appelait « frère » celui que dans les temps modernes elle appelle son « mari ».
    Le nom de Myriam servit, dans l’antiquité, à former différents mots se rapportant à son œuvre et à sa grande action dans le monde de son époque. C’est ainsi que de Myriam on fait mystique, qui veut dire « initié à la doctrine cachée ». Ce mot, qui est d’abord un titre glorieux, deviendra, pour les adversaires de la Vérité, une épithète avilissante. Cependant, les doctrines successives s’en emparèrent, et nous verrons ce mot servir alors à désigner toutes sortes d’erreurs.
    Mais, primitivement, la mystagogie égyptienne, c’est le « mystère de la Femme » divulgué dans le Sépher, et cela crée une époque si brillante que ce mot sert à donner un nom nouveau au pays : Misraïm (1).
    Mais il fallut cacher la doctrine pour éviter la colère des hommes ; alors de mystique on fit mystère (en grec, mustêrion viendra de mustes, muein, serrer, fermer).
    Il fallut se taire sur les lois de la Nature dont on ne pouvait plus parler sans danger. C’est pourquoi on fit, de cette même racine, le mot mutisme, d’où muet (mutus latin).
    Mais cette lutte créait une solidarité entre les persécutés, ce qui fit dériver le mot mutualité du mot mutisme.
    La lutte s’étendant et devenant universelle, on créa des armées, et les défenseurs de Myriam furent appelés Myria (dix mille). Ce sont « les armées d’Israël ».
    Mais les adversaires aussi créaient des mots, ou, du moins, donnaient une signification tout autre aux vocables déjà existants. C’est ainsi que, cherchant à couvrir de ridicule tout ce qui venait de la femme et dévoilait des vérités gênantes, on fit de mystique le mot mystification. Et, en face des « initiés » qui gardaient la connaissance des lois de la Nature, apparurent les « mystificateurs » qui leur donnaient une signification renversée.
    Les femmes étaient considérées comme ayant échappé au déluge allégorique (l’eau, symbole de l’ignorance et de l’erreur, éteint l’Esprit représenté par le feu). On montrait les Déesses planant au-dessus des eaux ; Myriam, comme Aphrodite, sortait de l’onde amère, était figurée comme « sauvée des eaux ».
    La légende représente Marie l’Égyptienne traversant le Nil en marchant sur les eaux. Catulle Mendès, rappelant cette légende, appelle Myriam, dans une indiscrétion de poète, « Madame Dieu ».
    L’évolution des idées nous montre, plus tard, Moïse marchant sur les eaux, et nous voyons cette même idée introduite dans la vie de Jésus.
    Quand l’homme prend ainsi la place de la Déesse, que devient la Femme ?
    Elle est mystifiée, et alors, pendant qu’on donne à l’homme le rôle de la Femme, on donne à la Femme le rôle de l’homme pour la narguer, c’est ainsi qu’on donne à Myriam, le jour de sa fête, le 1er avril, un poisson (le poisson d’avril), symbole de l’homme dans l’eau (les eaux de l’ignorance et de l’erreur).
    Si, dans la légende écrite par Philon, on fait de Moïse un enfant « sauvé des eaux », c’est pour rappeler ce symbolisme.
    Du reste, tous les grands hommes étaient présentés comme « sauvés des eaux » : tels sont Romulus, Cyrus, Œdipe. Le panier d’osier de Moïse, c’est la corbeille de roseaux dans laquelle le jeune Horus flotte au milieu des fleurs de lotus.
    La lettre M, première du nom de Myriam, est une lettre mystique, sacrée dans toutes les langues orientales et occidentales de l’antiquité.
    Quand on fit surgir Myriam de l’onde, cette lettre servit de glyphe pour représenter les ondes.
    C’est la lettre initiale du mot grec Métis ou sagesse divine, de Mimra, le Verbe ou Logos (d’où le Memrah de Haveh), de Mâyâ, la Mère ; en Egypte Mout, en Grèce Minerve, de Myrrha, la mère du Logos chrétien.
    (1) Misraïm est le nom sémitique de l’Egypte
    Je me permets, en toute humilité, de vous transmettre l’adresse de l’article de mon blog duquel est issu cet extrait, au cas où vous souhaiteriez prendre un peu de votre précieux pour y consacrer quelques secondes.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/histoire-des-israelites.html
    Cordialement.

    1. Bonjour Cher co-blogueur ou co-blogueuse,
      Merci pour votre visite et votre long et intéressant commentaire. Je suis allée voir votre site, c’est une mine d’or. Quelle érudition !
      Cordialement
      Ann

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