Le laboureur et ses enfants


transmission- sculpture d'Annick Bourbon
transmission- sculpture d'Annick Bourbon

Comme souvent les vers de La Fontaine sont restés dans les mémoires sous forme de proverbe ou d’aphorisme:

Travaillez, prenez de la peine

C’est le fonds qui manque le moins

On était à une époque où le travail était une valeur sûre. Le chômage d’un côté et l’argent facile d’un autre n’avaient pas brouillé les valeurs.

Pour s’enrichir, il faut parfois au départ une mise de fonds en monnaie sonnante et trébuchante : pour effectuer un placement ou pour démarrer une entreprise par exemple, et nous n’avons pas toujours cette somme mais ce que nous avons tous à la naissance, c’est la capacité de travail et inévitablement, d’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, elle porte ses fruits.

La Fontaine a dû suivre ce raisonnement puisqu’il ne parle pas d’un riche banquier ou d’un riche footballeur ni d’un gagnant du loto mais de quelqu’un qui travaille de ses mains: un laboureur.

L’image même du laboureur est celle d’une personne qui travaille aujourd’hui mais qui récolte plus tard, qui a donc espoir dans son travail. Et ce sillon maintes fois recommencé montre sa ténacité.

 Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

 Il est ensuite question d’héritage. On hérite de biens, acquis par le travail de générations d’ancêtres dont aucun n’a dilapidé ce qui lui avait été donné mais au contraire l’a augmenté de son travail propre.

On hérite aussi de valeurs morales familiales, d’une éducation. Le laboureur joue sur ce double sens lorsqu’il s’adresse à ses enfants.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage

Que nous ont laissé nos parents

Un trésor est caché dedans

 Il est difficile de savoir où se cache cette transmission : dans nos gènes, notre cerveau, le temps consacré à notre éducation, entre l’inné et l’acquis ?

Je ne sais pas l’endroit;

 Pour pouvoir utiliser cet héritage, il ne suffit pas d’avoir été gavé de bonnes leçons, il faut avoir travaillé pour les avoir apprises. La transmission est un effort de part et d’autre du temps et des générations.

Mais un peu de courage

Vous le fera trouver:

Le mot «courage» vient de «coeur». On dit qu’il faut mettre du cœur à l’ouvrage, il ne faut pas se «forcer» mais être motivé, aimer ce que l’on fait parce qu’on lui donne du sens.

Enfin, les parents sont là aussi pour encourager et donner confiance en soi:

vous en viendrez à bout.

 La technique est simple. Il s’agit bien de s’occuper de soi avec l’utilisation du possessif :«votre champ».

Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût:

Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et ne repasse.»

Le père mort, les fils vous retournent le champ

Deçà, delà, partout, si bien qu’au bout de l’an

Il en rapporta davantage.

D’argent, point de caché. Mais le père fut sage

De leur montrer, avant sa mort,

Que le travail est un trésor.

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