Colette – Histoires pour Bel-Gazou


 
 

setter irlandais
setter irlandais

On connaît l’amour de Colette pour les animaux et la qualité de ses descriptions où l’image sonne juste et nous renvoie à nos souvenirs d’enfance aussi sûrement que la petite madeleine de Proust.

J’ai relevé dans les histoires qu’elle a écrites pour sa fille Bel-Gazou quelques passages qui vous donneront certainement envie de relire cette auteure.
D’abord son aversion pour les «maisons sans bêtes» de Paris :

Ces cubes sans jardins, ces logis sans fleurs où nul chat ne miaule derrière la porte de la salle à manger, où l’on n’écrase pas, devant la cheminée, un coin du chien traînant comme un tapis 

On pourrait sans peine dessiner l’animal qu’elle décrit en quelques mots:

La chatte siamoise […]ouvre soudain ses yeux de saphir dans son masque de velours sombre

 Le récit intitulé Le Renard ressemble à une nouvelle de Maupassant. Comme dans un croquis rapide, un détail donne sa véracité psychologique à la scène:

On se rencontre, on cause, on raconte l’histoire que l’on préfère, on verse, dans l’oreille inconnue, deux ou trois confidences qu’ignorent vos amis intimes, et puis on se sépare à la hauteur du tramway 16 – on n’a livré ni le nom de la rue que l’on habite, ni le numéro de la maison…

Pourtant on sent bien que l’homme au renard et l’homme aux poules ne vont pas si bien ensemble et l‘affaire aurait pu mal tourner :

L’homme aux poules regarda son ami dans les yeux et y lut son secret, sa vilaine pensée informe et pâle…

[…]Ils firent tous deux le même effort pour rentrer dans la vie ordinaire, baissèrent la tête et s’écartèrent l’un de l’autre, à jamais, avec leur prudence de braves gens qui venaient de passer à deux doigts d’être des assassins.

 Nous parlons à nos animaux de compagnie car ils ont un petit côté anthropomorphe dont nous nous amusons volontiers. Colette sait jouer de cet attendrissement dans sa description de la Toutouque.

Elle aboyait peu […] mais parlait d’une autre manière, donnant son avis d’un sourire à lèvres noires et à dents blanches, baissant, d’un air complice, ses paupières charbonnées sur ses yeux de mulâtresse.

Pourtant la Toutouque, surnommée le «cylindre jaune», avec «sa cordialité de nourrice», qu’on découvre «vautrée, béate, cardée par un petit chat impérieux…» peut se révéler tout autre lorsqu’elle s’éprend du chien du cafetier voisin.

C’était un grand setter doté, comme tous les setter, d’un charme Second Empire; blond acajou, long chevelu, l’œil pailleté, il manquait de physionomie, non de distinction.

La Toutouque va rosser sa rivale et Colette sidérée verra passer les deux chiennes. J’apprécie beaucoup le terme «décoiffée» concernant la chienne setter si distinguée.

Elle parut, décoiffée et hagarde, dépassa le coin de la rue de la Roche, dévala la rue des Vignes. A ses trousses roulait, avec une rapidité inconcevable, une sorte de monstre jaune, hérissé, les pattes ramenées sous le ventre, puis projetées de tous côtés en membres de grenouilles par la fureur de sa course – une bête jaune, masquée de noir, garnie de dents, d’yeux exorbités, d’une langue violacée où écumait la salive…

La Toutouque cherche à donner le change à sa maîtresse en se couchant sur le perron:

Elle essaya son sourire de bonne nourrice, mais elle haletait[…]

Elle se leva, frétilla pesamment et prétendit changer de conversation

-Toutouque! Est-ce possible ?

 Je terminerai par un bouquet de violettes, dont la couleur est changeante selon les années mais non le parfum, et l’on sait que l’odorat est le sens qui garde le mieux la mémoire du passé. En fermant les yeux, on se retrouve ramené des années en arrière comme par magie (et le mot «philtre» n’est pas là par hasard).

Porte plutôt à tes narines le parfum invariable de ces violettes changeantes et regarde, en respirant le philtre qui abolit les années, regarde comme moi ressusciter et grandir devant toi les printemps de ton enfance…

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