The Listeners – Walter de la Mare


La poésie de Walter de la Mare, écrivain décédé en 1956,  est considérée comme romantique mais pourrait être qualifiée également de néo-gothique. J’aime l’aspect très évocateur de ce poème « The Listeners » et je ne dois pas être la seule car il a été lu, mis en images, joué en théâtre d’ombres, chanté…un certain nombre de fois. Je trouve cependant qu’un peu de sobriété lui sied mieux et notre imagination est assez riche pour que ses mots évoquent toute une scène qu’on dirait tirée d’un film. Je vous laisse juge. Je vais m’attacher à découvrir comment ces mots, ces simples signes sur du papier ou sur un écran, peuvent nous émouvoir.

« Is there anybody there ? said the Traveller

La phrase est courante mais déjà amorce un mystère avec son questionnement et le doublement de « there ». L’homme qui parle ainsi ne semble pas attendre quelqu’un en particulier (anybody ), il est seul et sans attache puisqu’il est nommé, avec une majuscule « the Traveller ». L’emploi du passé replace la scène dans un monde révolu, comme si nous étions nous-mêmes des voyageurs du temps. Quant au thème du voyage, quoi de plus mystérieux ? On ne sait qui est le Voyageur, d’où il vient, où il ira ensuite, qui il a connu, ce qu’il veut…

Alors bien sûr, c’est la nuit :

« Knocking on the moonlit door »

La scène est vivante : on a le son (les paroles et plus loin le bruit des sabots du cheval), la lumière du rayon de lune, qui pour le moment n’éclaire que la porte, et l’action en train de se dérouler avec le participe présent.

Le silence est presque un acteur de l’histoire tant il est important tout au long du poème.

And his horse in the silence champed the grasses

On the forest’s ferny floor

Les détails du décor arrivent par petites touches : « ferny » fait allusion aux fougères, « grasses » au pluriel insiste sur la diversité des herbes. On appréciera l’allitération en « f » qui introduit le bruissement de ces herbes foulées par le cheval.

On s’imagine seul dans la nuit, frappant ainsi à cette porte où personne ne répond. Alors bien sûr, un oiseau de nuit s’envole brutalement au-dessus de votre tête, provenant d’une tourelle. Cet élément architectural indique qu’il s’agit d’un petit château ou d’un manoir. Les sonorités donnent à entendre le bruissement d’ailes.

And a bird flew up out of the turret

Above the Traveller’s head

L’oiseau a introduit la notion de deux plans superposés. Le Voyageur est en bas, l’oiseau plus haut. L’homme attend que quelqu’un descende vers cette porte.

And he smote upon the door again a second time

« Is there anybody there ? He said.

« Smote » se traduira par « frapper » mais apporte une certaine violence psychologique par rapport à « knock » qui est le verbe habituellement utilisé. On trouve souvent ce terme en rapport avec la religion et il peut être alors traduit par « chatier » voire par « foudroyer ». Il y a donc comme une idée de destin qui revient frapper à la porte.

But no one descended to the Traveller;

No head from the leaf fringed sill

Leaned over and look into his grey eyes,

On pourrait s’attendre à ce que le regard s’élève automatiquement de la porte vers cette petite tour et ensuite vers les fenêtres. C’est le mouvement inverse qui est décrit en détail, alors même que ce mouvement n’est qu’attendu et qu’il n’a pas lieu. Le poète dessine le vide dans l’espace en quelque sorte, souligné par la répétition de la négation. Ce n’est pas rien symboliquement sur le plan religieux. Personne ne se penche , personne ne cherche à communiquer par le regard. On ne dit même pas « personne » mais « no head », pas de tête, pas d’entité intelligente donc ?

Et l’homme dans sa solitude, dans sa nuit, est perplexe et immobile.

Where he stood perplexed and still.

« A host » est habituellement employé dans le sens d’hôte. On va voir comment la poésie peut dire plusieurs choses à la fois : « host » a ici le sens de « un tas, une foule » mais ce sont bien des hôtes que ces sortes de fantômes qui ont donné leur titre au poème.

But only a host of phantom listeners

That dwelt in the lone house then

stood listening in the quiet of the moonlight

To that voice from the world of men:

L’image de la lumière lunaire qui évoque le monde de la nuit en opposition au monde des vivants est utilisée ici de manière originale pour évoquer le silence. Quoi de plus silencieux qu’un rayon de lune ?

Quoi de plus angoissant aussi  : on ne se penche pas sur vous, on ne vous regarde pas mais on vous écoute… Pourtant l’angoisse semble plutôt du côté des fantômes que du Voyageur : « thronging »  évoque une foule et là encore une certaine urgence ou recherche éperdue de refuge : refuge bien illusoire des « faint moonbeams », des légers rayons de lune, en opposition avec l’escalier sombre.

Stood thronging the faint moonbeams on the dark stair,

That goes down to the empty hall

Hearkening in an air stirred and shaken

By the lonely Traveller’s call.

L’appel du Voyageur a donc remué au sens propre comme au figuré la tranquillité de l’air comme le montre l’emploi de « stirred », agité, « shaken », tremblé. Là encore le poète dit plusieurs choses à la fois en laissant entendre que, si l’accord grammatical concerne seulement l’air, les adjectifs peuvent aussi s’appliquer aux fantômes. Il y a de l’angoisse dans l’air en quelque sorte. Et puis, ces fantômes ne sont après tout que du vent.

Les personnes  à la perception aiguisée le savent : il y a ce qu’on ne voit ni n’entend mais qu’on ressent. Il y a donc une sorte de réponse qui par son silence et son immobilité même atteint le coeur du Voyageur.

And he felt in his heart their strangeness

Their stillness answering his cry,

Le cheval nous fait revenir à la réalité terrestre avec les bruits des sabots grattant le sol et presque l’odeur de l’humus. Au-dessus du cheval, le ciel est simple : des étoiles et des feuilles.

While his horse moved, cropping the dark turf

‘Neath the starred and leafy sky

« For » nous fait revenir au monde des esprits puisqu’il est le lien de cause à conséquence de l’action du Voyageur : c’est parce qu’il ressent la présence des esprits qu’il frappe plus fort la porte et leur parle :

For he suddenly smote on the door, even

Louder, and lifted his head:-

Les sonorités, le rythme haché, le renvoi en début de vers de « louder » soulignent la brusquerie du mouvement.

J’aime beaucoup le rythme ternaire et bien équilibré de la phrase qui suit, en trois propositions bien séparées par les virgules.

« Tell them I came, and no one answered,

That I kept my word », he said.

Cette promesse tenue relie la scène présente à un passé mystérieux, comme le « them » faisant allusion à des personnes d’autrefois.

Never the least stir made the listeners,

Though every word he spoke

Fell echoing through the shadowiness of the still house

Les mots semblent entrer physiquement dans la maison et n’en finissent pas de résonner, avec la longueur du dernier vers.

From the one man left awake

L’allusion au sommeil de la mort se trouve comme en creux dans l’évocation du seul homme qui a été laissé en état d’éveil, comme un unique survivant d’un temps révolu.

Ay, they heard his foot upon the stirrup,

and the sound of iron on stone,

An how the silence surged softly backward,

When the plunging hoof where gone.

Les sons appartiennent au monde matériel du cavalier  : le métal des étriers, le bruit des sabots… Ils déterminent en quelque sorte sa qualité de vivant. Et la vie s’éloigne peu à peu de ce lieu, après un dernier raclement du métal sur la pierre de la maison, laissant progressivement revenir le silence, dans une présence quasi physique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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