Bécassine – Georges Brassens


fleurs bleues de mon jardin
fleurs bleues de mon jardin

Voici une petite chanson sur un rythme de danse populaire traditionnelle (Sardane ?). On y retrouve les idées de Brassens l’anarchiste qui méprise toujours les « nantis », ceux qui possèdent un peu de terrain, de pouvoir ou d’argent et qui pensent être supérieurs aux autres.
« Bécassine », dans l’imaginaire populaire, c’est la « blonde », celle qui n’a rien compris, la petite provinciale naïve « montée » à Paris et qui ne voit pas qu’il vaut mieux épouser un puissant. C’est la fille du peuple qui fait les choix du coeur et non de la raison.

 

Un champ de blé prenait racine
Sous la coiffe de Bécassine,

D’entrée, il est question de terre et de production agricole. La richesse de Bécassine, c’est sa beauté et elle attire les amoureux comme l’or attire les cupides.

Ceux qui cherchaient la toison d’or
Ailleurs avaient bigrement tort.

L’allusion mythologique à Jason et aux argonautes sert à valoriser cette « toison » de Bécassine comme un trésor mythique. Ce qu’on nomme « toison » dans les chansons paillardes se situe en général plus bas et Brassens s’amuse du double-sens.

Tous les seigneurs du voisinage,
Les gros bonnets, grands personnages,
Rêvaient de joindre à leur blason
Une boucle de sa toison.

Les intensifs : « tous », « gros » , « grands » s’opposent à « une boucle »de cheveux, objet de si peu de valeur mais en même temps symbole érotique. Et puis l’or de cette boucle va « redorer leur blason », c’est-à-dire que ce mariage va leur redonner du prestige et les enrichir.

Un champ de blé prenait racine
Sous la coiffe de Bécassine.

 

La construction du texte place la même phrase encadrant chaque couplet, à la manière des anciennes ritournelles . Cette phrase évolue avec les yeux puis les lèvres, en gardant la même structure.

C’est une espèce de robin,
N’ayant pas l’ombre d’un lopin,
Qu’elle laissa pendre, vainqueur,
Au bout de ses accroche-coeurs.

La valeur de quelqu’un, c’est sa propriété terrienne. Le « manant », terme désuet aillant pris une tournure péjorative rejoint le « tout-venant », ce qui n’est pas trié. La chanson des blés d’or, chanson d’amour très en vogue dans les milieux populaires dans les années 1930-1940, date de 1882. Ici, la récolte en toutes saisons rejoint le mythe de la corne d’abondance.

C’est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la chanson
Des blés d’or en toute saison

On n’échappe cependant pas complètement à l’emprise du temps et le bonheur peut durer toute leur vie, comme dans les contes de fées « ils vécurent heureux » ou moins longtemps comme dans la vraie vie, laisse entendre Brassens avec un petit clin d’oeil car le diable, c’est le tentateur et le risque d’être cocu existe même pour ces deux amoureux-là.

Et jusqu’à l’heure du trépas,
Si le diable s’en mêle pas.

Au fond des yeux de Bécassine
Deux pervenches prenaient racine,
Si belles que Sémiramis
Ne s’en est jamais bien remis’.

Et les grands noms à majuscules,
Les Cupidons à particules
Auraient cédé tous leurs acquêts
En échange de ce bouquet.

Là encore, les acquêts, que l’on obtient par mariage, valent autant qu’un bouquet de pervenches, ces fleurs à la si courte vie. L’amour vaut bien plus que tout l’or du monde, semble dire la chanson, et on vit plus intensément dans un seul un instant d’amour que dans toute une vie terne.

C’est une espèce de gredin,
N’ayant pas l’ombre d’un jardin,

Logiquement, avec le blé on parlait de « lopin », avec les pervenches, il est question de « jardin » et on trouvera plus loin le « verger » pour les cerises.

Un soupirant de rien du tout
Qui lui fit faire les yeux doux.
C’est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la chanson
Des fleurs bleu’s en toute saison

La fleur bleue, c’est un symbole de virginité. La fleur bleue en toutes saisons, c’est donc un amour toujours aussi beau qu’au tout début, qui ne se flétrit jamais, qui reste pur. « Fleur bleue » est une chanson de Trenet, datant de 1937.

Et jusqu’à l’heure du trépas,
Si le diable s’en mêle pas.

A sa bouche, deux belles guignes,
Deux cerises tout à fait dignes,
Tout à fait dignes du panier
De madame de Sévigné.

Les « guignes » sont de petites cerises de peu de valeur, là encore, comme le montre l’expression « ça ne vaut pas une guigne ! » . Cela s’oppose à la « bourse » bien garnie, dont le double-sens ne nécessite pas de s’appesantir davantage.

Les hobereaux, les gentillâtres,
Tombés tous fous d’elle, idolâtres,
Auraient bien mis leur bourse à plat
Pour s’offrir ces deux guignes-là,
Tout à fait dignes du panier
De madame de Sévigné.

C’est une espèce d’étranger,

Dans les campagnes, pire encore que clui qui ne possède rien, il y a l’étranger, qu’on ne connait pas et qui n’a même pas de lignée, de famille, qui n’appartient pas à l’histoire locale.  C’est pourtant lui que Bécassine choisira.

N’ayant pas l’ombre d’un verger,
Qui fit s’ouvrir, qui étrenna
Ses joli’s lèvres incarnat.
C’est une sorte de manant,
Un amoureux du tout-venant
Qui pourra chanter la chanson
Du temps des ceris’s en tout’ saison

Enfin « le Temps des Cerises » est une chanson datant de la Commune puisqu’elle fut écrite en 1866 par Jean-Baptiste Clément. Ravir Bécassine aux « nantis » de toutes sortes, avoir un trésor inestimable, être sur un pied d’égalité même si on ne possède rien, c’était aussi l’espoir des Communards. Cette Commune -là pourrait être éternelle et ne pas finir dans le sang, « comme une étoile au fond d’un trou », écrivait Jean Ferrat.

Et jusqu’à l’heure du trépas,
Si le diable s’en mêle pas.

Je vous invite à lire une analyse plus fouillée.

 

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