Birds on the wire – Leonard Cohen


Cette chanson a été reprise d’innombrables fois. Je conseille la version de Rosemary Standley, avec sa voix si pure.

Ce texte prend une forme de testament, de lettre posthume à l’être aimé.

On commence par une suite de comparaison, comme souvent dans la poésie de Cohen : L’oiseau sur le fil électrique, et non sur la branche comme beaucoup de poètes le montrent, est un symbole de liberté : il n’est pas comme nous attaché au sol par les lois de la pesanteur. Ici, il utilise librement une création technologique humaine en la détournant. De même l’ivrogne détonne complètement dans la chorale de minuit mais il s’en moque : il va où bon lui semble et adapte la religion à sa manière. Ces deux êtres ont en commun d’être asociaux, libres de ne pas respecter les lois ou la bienséance mais à leur manière.

De même l’auteur souligne son essai de liberté : il ne dit pas qu’il réussit, mais il le fait de manière personnelle. La liberté peut prendre tant de visages et de formes. L’emploi du Present Perfect insinue cependant que cette recherche a changé quelque chose, qu’elle n’a pas été vaine. On peut considérer que l’important est le chemin. C’est aussi d’avoir essayé.

Like a bird on the wire

Like a drunk in a midnight choir

I have tried in my way to be free

Les deux comparaisons suivantes montrent à l’opposé deux êtres attachés : l’animal, le ver, à un hameçon et l’homme, un chevalier, à un vieux livre d’images. Le ver est physiquement privé de liberté et sera utilisé et le chevalier ne peut se défaire de son image, imprimée depuis si longtemps.
L’opposition est même assez complexe car l’oiseau est mieux placé dans une sorte de hiérarchie animale ou même tout simplement physique : il est plus haut que le ver. Le chevalier a lui aussi une meilleure position hiérarchique qu’un homme uniquement caractérisé par son ivrognerie.
Le narrateur, lui, semble faire le choix de garder ces jolis et fragiles liens que sont les rubans pour l’être qu’il tutoie « thee ». S’agit-il de sa bien-aimée ou de Dieu, comme toujours chez Cohen, les chansons d’amour peuvent s’adresser aussi bien au divin qu’à l’humain. Mais c’est une belle image, et qui souligne bien l’intensité de cette décision : ces rubans futiles semblent désormais aussi impossibles à dénouer et autant privatifs de liberté que les liens du chevalier et du ver.
Like a worm on a hook
Like a knight from some old-fashioned book
I have saved all my ribbons for thee
Revenant sur sa vie, Léonard Cohen parle de ses possibles erreurs et demande une sorte d’absolution presque amusante : s’il s’est montré méchant, peut-être peut-on juste passer là-dessus… Plus grave, s’il a été déloyal, il insiste sur le fait que ce n’était jamais envers son interlocuteur et espère que celui-ci le sait. Le « si » ici a un sens plus fort, je le traduirai ainsi : « Si j’ai pu être méchant parfois, j’espère que tu peux laisser ça tomber ». Le sens y est mais c’est infiniment moins bien dit, bien sûr.
If I, if I have been unkind
I hope that you can just let it go by
If I, if I have been untrue
I hope you know it was never to you
 Avec les deux comparaisons suivantes, toujours un être humain et un animal, il plaide pour cela l’innocence, celle du bébé mort-né qui déchire sa mère ou de la bête sauvage qui abîme tout avec sa corne. Ils ne sont pas responsables cependant le narrateur, lui, fait du mal à ceux qui essayent de l’atteindre : comme Dieu ou ceux qui l’aiment.
For like a baby, stillborn
Like a beast with his horn
I have torn everyone who reached out for me
Mais il promet, par les mots de cette chanson et par toutes ses erreurs passées, qu’il règlera tout cela pour son interlocuteur.
But I swear by this song
And by all that I have done wrong
I will make it all up to thee
Les deux prochains personnages ne sont pas inpliqués dans une comparaison, ils témoignent peut-être simplement de la difficulté à trouver cette voie juste. Le mendiant lui conseille de ne pas trop demander ( à la vie ? A lui-même ? à Dieu ?) alors que la femme dans l’ombre de sa porte se désole qu’il ne demande pas plus ( aux relations humaines ? A l’amour ?)
I saw a beggar leaning on his wooden crutch
He said to me, « you must not ask for so much »
And a pretty woman leaning in her darkened door
She cried to me, « hey, why not ask for more? »
Nous revenons au couplet du début qui clôt le poème sur sa recherche de liberté sans cesse renouvelée et surtout sur le mot « free ».
Oh, like a bird on the wire
Like a drunk in a midnight choir
I have tried in my way to be free
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