The Sounds of Silence – Simon and Garfunkel


silent raindrops
silent raindrops

 Dès le départ, le ton est donné : comme Georges Moustaki avec «la solitude», Baudelaire qui tutoie la douleur, Barbara avec «le mal de vivre», les chanteurs-poètes Paul Simon et Arthur Garfunkel voient l’obscurité comme une camarade des mauvais jours :

 Hello Darkness my old friend

 Ce côté obscur de la vie mais aussi de la personnalité de chacun nous est forcément familier. On parle d’idées noires, parfois latentes dès le réveil, après un cauchemar. Elles se sont installées comme de sales bestioles comme le suggère le terme « creeping ».

Cette chanson décrit un univers de solitude (« alone») et de silence affectif où on entend sans écouter et on regarde sans voir :

People talking without speaking

People hearing witthout listening

 Les champs lexicaux de l’obscurité, de l’humidité, du froid, de l’étroitesse des voies de communications ajoutent au mal-être et sont symboliques de l’inexistence de relations humaines harmonieuses : « cold », « damp », « narrow ».

 La lumière est chiche et même nue («naked light») comme plus fragile et misérable encore ou alors violente et blessante :

When my eyes were stabbed by the flash of a neon light

Les mots comme les images sont violents : « planted in my brain »

 Chaque couplet se termine par l’expression-titre : «Sounds of Silence» et c’est le terme qui précède qui permet de mesurer l’évolution de la pensée: on commence par «within» : on est plongé dans cette attente de sons un peu comme dans une ouate qui étoufferait la vie.

Puis on a «touched», cette ouate est ainsi comme blessée et déchirée. Cependant la strophe suivante laisse peu d’espoir puisque personne n’ose déranger ce silence. En fait, ce qui est craint, c’est de se singulariser, d’être vu comme un individu à part au milieu d’une foule : «no one dare»

 Le narrateur s’adresse alors à la foule : «fools said I». Le registre de la maladie apparaît alors avec «cancer». Le silence est dangereux, malfaisant et grandit comme ce sale petit «crabe» sans qu’on s’en aperçoive.

Mais les mots tombent dans une superbe image sonore (on peut lire le vers à voix haute pour s’en rendre compte) comme des gouttes de pluie silencieuses dans le puits sans fond du silence. Seul l’écho leur répond et remplace pour un temps « sounds » :

But my words like silent raindrops fell

And echoed in the Wells of Silence

 Au lieu de voir la lumière du néon comme un outil pour éclairer les ténèbres et déchirer le silence, la foule adore ce dieu qu’elle a elle-même créé, un peu comme on adore un prophète à la place d‘un dieu. Ce néon, comme un prophète, se change en «warning» pour annoncer des temps dangereux. Prophéties encore, les graffitis du métro sont vus comme les paroles des prophètes. Mais ces mots ont gagné puisqu’ils chuchotent : ils font partie des bruits du silence : « whispered in the sounds of silence » comme une forme étriquée de communication. 

 

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13 commentaires sur « The Sounds of Silence – Simon and Garfunkel »

  1. Il me semble que cette chanson fut écrite après l’assassinat de Kennedy, pour dénoncer les « manquements » de l’enquête et de la justice. C’est l’explication que j’ai retenu d’une émission de France Musique sur la musique folk américaine, mais cela remonte à la fin de années 60.

  2. J’adore votre analyse. Personnellement je vois dans le « silence » de Paul Simon une forme de constat à l’incapacité intrincecte de l’être humain à ne pas agir face à une injustice ou à fermer les yeux sur une vérité qui pend au nez. Comme si nous prenions 1984 de Georges Orwell comme un guide et non pas un avertissement. N’ayant pas agit plus tôt, l’évolution du silence dans la chanson nous amène vers le silence forcé. Une sorte d’avertissement disant: « à force de choisir le silence, un jour vous n’aurez plus le droit à la parole ». Je pense que votre analyse est tellement juste que mon commentaire semble inutile Qu’en pensez-vous ?

  3. J’aime beaucoup également. Mais j’ai un peu de mal à saisir les mots des prophètes sur les murs du métro et dans les halls d’immeuble. Est-ce censé vouloir dire qu’on vénère des choses futiles qu’on monte en sauce vainement, ou bien que la « vérité » est là, accessible à quiconque se donne les moyens de la voir ?

    1. Oui, il y a plusieurs interprétations possibles. Je penche pour votre deuxième hypothèse ou alors cela peut aussi vouloir dire qu’on ne respecte plus rien, que les mots les plus sacrés ne sont pas honorés comme ils le devraient mais barbouillés et placés dans des endroits très ordinaires voire « triviaux ».

      1. Oui très juste, c’est une autre intuition que ces vers me donnaient sans trop savoir comment la formuler 🙂 C’est assez mystérieux, mais ça laisse ouvert à l’interprétation de chacun.

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