Le Coche et la Mouche – La Fontaine


mouche
mouche

Le décor est planté d’emblée, avec l’allitération en « m » qui souligne la montée et l’effort :

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,

Les trois longs adjectifs juxtaposés miment, si l’on peut dire, la lente et difficile montée du véhicule. N’hésitez pas à faire trois longs « mmm », pour avoir le son. Les fables de La Fontaine sont presque des vidéos.

Le coche n’apparaîtra qu’au bout de trois vers, à l’image de la lenteur de l’attelage : nous verrons d’abord le nombre de chevaux, puis enfin, le coche, dernier mot du vers. Il se fait attendre.

Et de tous les côtés au Soleil exposé,

Le « et » initial en rajoute une louche : il ne manquait plus qu’une chaleur torride et aucune ombre. « Exposé  » placé en fin de vers est mis en valeur pour insister sur cette difficulté supplémentaire.

Six forts chevaux tiraient un Coche.

Heureusement, il y a un nombre conséquent de chevaux : six » et on souligne leur force. Cela montre toute la difficulté de l’entreprise puisque ces six forts chevaux peinent. Le groupe ternaire des verbes à l’imparfait, temps de la durée souligne ce point.

Chacun aide comme il peut avec le clin d’œil de l’auteur pour le Moine, personnage inutile et à la charge des autres, placé au rang des femmes et des vieillards. .

Femmes, Moine, vieillards, tout était descendu.

L’attelage suait, soufflait, était rendu.

La mouche est active, sujet de nombreux verbes d’action à connotation désagréable, parfois répétés : « pique » et dans un présent à connotation répétitive : »va » « vient » . Tout cela se place dans un champ lexical du jeu théâtral : « prétend » « fait » (au sens de « simule »), « il semble que ce soit » (elle mime le sergent).

Une Mouche survient, et des chevaux s’approche ;
Prétend les animer par son bourdonnement ;
Pique l’un, pique l’autre, et pense à tout moment
Qu’elle fait aller la machine,

Comme souvent chez La Fontaine, le texte est très évocateur, comme si l’on voyait le film se dérouler : l’image de la mouche se posant sur le nez du cocher, sur le timon…

S’assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;

L’insecte peu à peu s’humanise et en nous faisant penser à un sergent nous remet également en mémoire une personne que chacun connait, parmi ses collègues de travail ou sa famille, celle qu’on appelle désormais « in petto  » : « La Mouche du Coche », celle qui vous fait bosser et attend que les résultats soient là pour s’en attribuer tout le mérite (en cas d’échec, cela serait resté votre travail uniquement !). Celle qui court partout, toujours un dossier sous le bras, passe en coup de vent et vous dérange dans votre travail puis ressort au moment où vous vouliez lui demander quelque chose parce qu’elle a un coup de fil urgent à donner. Elle a pris soin de repérer où vous en étiez afin de signaler dès son passage dans le prochain bureau que grâce à elle, ça avance bien et donner quelques précisions…Enfin, vous l’avez reconnue !

Aussitôt que le char chemine,
Et qu’elle voit les gens marcher,
Elle s’en attribue uniquement la gloire ;

Va, vient, fait l’empressée ; il semble que ce soit
Un Sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.

Ce type de personne se plaint qu’elle est débordée, que chacun lui laisse toute la responsabilité (sous-entendu parce qu’elle est la plus apte !).

La Mouche en ce commun besoin
Se plaint qu’elle agit seule, et qu’elle a tout le soin ;

Elle critique personnellement son entourage : chacun en prend pour son compte.

Qu’aucun n’aide aux chevaux à se tirer d’affaire.
Le Moine disait son Bréviaire ;
Il prenait bien son temps ! une femme chantait ;
C’était bien de chansons qu’alors il s’agissait !

Dame Mouche s’en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.

Et bien entendu, la mouche demande sa récompense : non contente de n’avoir causé que perturbations et discordes, elle veut toucher le salaire.

Après bien du travail le Coche arrive au haut.
Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :
J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ca, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.

La morale vise clairement ce type de comportement, fréquent parmi les courtisans. On appréciera le parallélisme induit par la répétition de « partout » qui souligne l’opposition « nécessaires » / « importuns ».

Comme un regret, le conditionnel « devraient » marque ici le fait que ces personnes ne sont pas facilement démasquées ou renvoyées : elles devraient être chassées mais elles ne le sont pas. Avis à ceux qui auraient déjà reconnu un courtisan de l’époque ! Cependant, le texte est toujours d’actualité…

Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S’introduisent dans les affaires :
Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.

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