Conférence : 3 amis en quête de sagesse


La salle était comble à Chalon sur Saône en Bourgogne pour cette unique conférence  des trois amis. Des personnes venues de toute la France et parfois de l’étranger et qui ont énormément applaudi ce temps de réflexion amicale. Je n’ai pris que quelques notes que je livre ici, il ne s’agit pas ici d’un compte-rendu fidèle de cette soirée. Pour plus de précisions, si vous avez raté cette conférence, le mieux est de vous procurer le livre « 3 Amis en Quête de Sagesse ».

http://www.lejsl.com/actualite/2017/01/31/plus-de-2200-spectateurs-pour-voir-les-trois-amis

Le philosophe Alexandre Jollien a ouvert la discussion en donnant sa définition ou plutôt son approche de la sagesse. Pour lui, elle procède de petits actes de chaque jour, si l’on veut agir pour améliorer les choses, souvenons-nous que notre sphère d’influence est notre quotidien.

Quand on observe le chaos qui nous habite, les multiples pensées et opinions, parfois contradictoires, on remarque que le sage a plutôt quelque chose en moins qu’en plus dans la tête.  Il sait aller à l’essentiel, ne pas se laisser envahir et simplifier. Il a mis en quelque sorte son cerveau en « mode avion ». Ainsi, il pourra mieux aller au-delà des apparences. Le sage n’est pas forcément vieux, j’ai trouvé une anecdote de la vie personnelle du conférencier particulièrement éclairante : Il a dit un jour à sa petite fille de 5 ans « viens embrasser un handicapé ». ( Chacun sait qu’Alexandre Jollien a un handicap depuis la naissance). Et sa petite fille lui a répondu avec beaucoup de sagesse, avec cette vérité qui sort de la bouche des enfants « Mais tu n’es pas un handicapé, tu es Papa ».  Spontanément, elle a fait la différence entre ce que nous sommes dans une relation à l’autre et d’autres caractéristiques dont nous pouvons simplement être porteurs.

Enfin si la sagesse peut aider au bonheur, souvenons-nous qu’on ne peut pas être heureux seul dans son coin, « l’individualisme est une erreur de perspective ».

Christophe André le médecin psychiatre a poursuivi en insistant sur des qualités humaines sans lesquelles il n’est pas de sagesse possible : la patience, l’humilité, le discernement et la bienveillance.

Il a insisté sur la méditation « méditer, c’est être en lien avec les autres » et sur l’erreur qui consiste à instrumentaliser l’autre.

Mathieur Ricard a parlé du discernement à long terme.

Alexandre a expliqué comment on pouvait devenir addict aux causes de sa souffrance. On sait ce qui nous fait du mal mais on ne peut s’empêcher d’en « reprendre » (tabac, alcool, amour malheureux…). C’est ce qu’il appelle l’acrasie, le fait d’agir à l’encontre de son meilleur jugement. Il convient donc de rechercher une liberté intérieure. La liberté n’est pas forcément de faire ce qu’on veut, dans un désordre et d’une manière qui ne nous apporte rien, avec en filigrane le conditionnement des publicités ou des média.

Il a aussi montré comment on n’envie jamais en fait « l’entièreté » de la vie de l’autre. On va envier sa richesse mais non le fait qu’il soit orphelin par exemple. Ceci pour montrer le ridicule de la jalousie.

Pour lui, la méditation, c’est observer et comprendre comment fonctionne l’esprit. Sentir en quoi une réponse aux questions que l’on se pose est différent d’une réaction, plus impulsive. Se garder de juger bien sûr et faire également la différence entre percevoir et concevoir.C’est aussi l’art d’être là, ici et maintenant, mais aussi savoir sortir de soi, de son nombrilisme.

Enfin, il a souligné que dans les moments difficiles, on peut se souvenir que les grands changements et progrès relèvent toujours de l’inconfort d’une situation. A quoi bon faire des efforts sinon ?

Mathieu a expliqué la différence entre bienveillance et empathie. L’empathie nous fait souffrir de la souffrance de l’autre mais elle ne permet pas de l’aider. La bienveillance prend du recul mais est plus aidante car elle se garde de juger, de décider pour l’autre en se mettant un peu trop à sa place.

L’ensemble fut gai et on sentait dans les réponses directes une sincérité et presque une camaraderie d’humains qui cherchent ensemble. Ainsi Alexandre ponctuait chaque étape de la conférence d’une phrase d’une de ses amies : » C’est le bordel mais il n’y a pas de problème ». Il changea un peu sa phrase en parlant d’un « connard qui signe des décrets »; là on peut dire que « c’est le bordel mais il y a un problème ».

Interrogé par une personne du public sur ce qu’il conseillerait à nos dirigeants politiques qui semblent manquer singulièrement de sagesse, Alexandre répondit que le plus important était certainement de ne pas perdre de vue le bien collectif ainsi que les besoins du plus démuni des citoyens.