Elegy for a walnut tree – W.S.Merwin


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Automne 2015 en France

Nous sommes en train de découvrir le monde des arbres : publications et sujets de recherche s’enchaînent sur le sujet. Avec cette élégie pour un noyer, tirée du recueil « The moon before morning », WS Merwin s’adresse à l’arbre comme à un vieil ami.

WS Merwin commence ce poème avec une idée qui m’est souvent venue devant un très vieil arbre : l’image du même arbre jeune avec d’autres passants, habillés comme des paysans ou promeneurs du XVIIIème ou XIXème siècle. Peut-être ont-ils eu une pensée pour cet autre promeneur qui passerait devant le même arbre devenu vieux, et c’est un peu comme si nous nous faisions un signe amical à travers le temps. L’arbre vu comme  un témoin, comme un moyen de transmission aussi, et même comme un lien entre le ciel et la terre, comme un fil qui nous relie au divin. Le poète Saint-John Perse les voyait ainsi.

Old friend now there is no one alive

Le thème du temps est d’entrée présent avec « old », « now » et no one alive ». Le temps des arbres dépasse notre mesure humaine.

Who remembers when you were young

L’arbre est un témoin de temps anciens : notez la nuance, il ne s’agit pas de se souvenir de lui quand il était jeune mais de l’époque où il était jeune.

L’arbre est ensuite présenté dans son interaction avec l’environnement, et non pas décrit.

C’est au plus haut de l’été et l’arbre apparaît sur fond de flamboiement du jour. Dans cette chaleur presque incendiaire, il apporte l’ombre et la vie ( souligné par le murmure) à une herbe sèche.

It was high summer when I first saw you

In the blaze of day most of my life ago

With the dry grass whispering in your shade

Il y a un lien entre cet arbre dans toute sa splendeur, l’âge de l’écrivain (presque toute sa vie auparavant), le temps historique (through wars and echoes of wars), le temps de plusieurs générations familiales (les jours d’adieux), les saisons, le temps d’existence d’une maison. Et le témoin de tous ces événements petits ou grands oppose à tous ces bruits son silence, comme une ombre portée au sol (around your silence). C’est un peu comme si le temps s’écoulait plus lentement dans son ombre et que le vacarme humain des déchirements et des bombes s’assourdissait.

And already you had lived through wars

And echoes of wars around your silence

Through days of parting and seasons of absence

With the house emptying  when the years went their way

J’admire ce rythme des saisons et des vies qui se succèdent : relisez les quatre vers précédents en y prêtant attention. Il y a les guerres et, au vers suivant, il reste encore l’écho des guerres, puis ce rythme symétrique entre les jours où il faut se quitter et les saisons d’absence, comme si ces deux éléments se répondaient l’un à l’autre et qu’ils avaient la même durée ou le même degré de tristesse. Et puis les années poursuivent inéluctablement leur route temporelle alors que lentement la maison, symbole de la vie humaine sur plusieurs générations, se vide.

Mais les choses changent et à la fois subsistent : la maison reste un lieu de vie mais pour les chauves-souris et les hirondelles, pour les habitants de la nuit et les annonciatrices de printemps.

Until it was home to bats and swallows

Et l’arbre oppose à cela le miracle d’une vie toujours nouvelle, en accord avec les saisons. L’image de ce printemps qui monte vers l’été, avec toute l’énergie que demande ce mouvement ascendant, s’accompagne de l’action de l’arbre qui ouvre les feuilles comme on déplierait doucement les doigts de nouveaux-nés. Et le temps est neuf comme au premier jour, comme si rien ne s’était passé. Cette permanence a certainement quelque chose de très rassurant.

And still when spring climbed toward summer

You opened once more the curled sleeping fingers

Of newborn leaves as though nothing had happened

L’arbre est un « medium » intellectuel et visuel : il parle la même langue que les saisons et propose au jeune humain une vision du monde, comme un chemin pour décrypter ce monde.

You and the seasons spoke the same language

And all these years I have looked through your limbs

To the river below and the roofs and the night

And you were the way I saw the world.

 

Plus légèrement mais aussi plus proche de nous, cet autre poème sur un arbre :

Francis Cabrel – La Robe et l’Echelle

Et cet autre poème de WS Merwin

Léviathan – W S Merwin

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