Saint Christophe le Christophore


Saint Christophe et l'enfant Jésus
Saint Christophe et l'enfant Jésus

Le suffixe « phore » signifie « porter ». Ainsi un photophore porte la lumière et Nicéphore est un prénom qui signifie « porteur de victoire ». Il y eut de nombreux saints nommés Christophe, celui qui nous intéresse est Christophe de Lycie, celui qui porta le Christ.

Porter un enfant quand on est un homme n’est pas anodin. C’est une reconnaissance de paternité chez les anciens romains qui présentaient le bébé à l’assemblée en l‘élevant à bout de bras. On se souvient que le pauvre Saint Joseph dont l’épouse est toujours vierge n’est donc que le père adoptif de l’enfant Jésus, qui est fils de Dieu par l’intermédiaire peut-être du séduisant ange Gabriel. Voilà donc l’enfant pourvu d’un troisième ou quatrième père.

Plus sérieusement, cela peut être une relation de parrainage qui s’instaure : l’adulte mettant l’enfant en position de voir le monde. Saint Christophe est le patron des voyageurs et on voit à son bâton de pèlerin qu’il a beaucoup voyagé. Porter l’enfant est une façon de transmettre cet héritage intellectuel, tout en maintenant l‘enfant hors de portée des dangers.

La légende parle d’un Christophe, sorte de géant capturé au IIIème siècle par les romains et qui avait la particularité physique d’avoir une tête de chien. Ce cynocéphale devint saint en mourant en héros pour la défense de la population chrétienne de Rome.

 Un autre (?) Christophe, également géant cannibale et cynocéphale fut converti au christianisme par Saint André au Vème siècle et devint le garde du corps du saint.

Ces personnages d’ogres mangeurs d’enfants rappellent Chronos et font partie de l’imaginaire collectif. Ce sont des images effrayantes de paternité. On peut penser aussi au loup du petit chaperon rouge qui porte l’enfant dans son ventre telle une mère de substitution. On peut même de là divaguer sur les figures de lycanthropes ou loups-garous.

Michel Tournier racontera superbement l’histoire du géant Abel Tiffauges, ogre et passeur, dans son livre Le Roi des Aulnes qui lui donna le prix Goncourt en 1970. L’histoire fut empruntée au poème de Goethe, mis en musique par Schubert.

Cette légende croise hélas l’Histoire. Les monuments aux morts ne parlent-ils pas des « enfants » morts dans des guerres au service de la mère Patrie? Le film récent  La Rafle montre aussi ces ogres au pouvoir qui dévorèrent des enfants dans les feux des fours crématoires. On pense aussi à ces jeunes allemands à peine adolescents qui furent envoyés combattre des « géants » russes aguerris sur le front Est et d’une manière générale à tous les enfants soldats des guerres actuelles.

Saint Christophe est également la figure du passeur. Il aurait aidé l’enfant Jésus à traverser une rivière mais le géant aurait senti peser sur ses épaules non un frêle bambin mais tout le poids du monde. Il lui aurait fallu faire appel à tous son courage et à sa volonté pour ne pas se laisser emporter par les flots. Porter sa foi peut être lourd!

Cela renvoie à l’iconographie de l’enfant Jésus tenant le globe terrestre. Et on peut penser que l’avenir n’est pas écrit pour un enfant, tout lui est ouvert, le monde lui appartient en quelque sorte. L’image est belle tant il est vrai qu’un enfant pèse beaucoup plus que son poids pour ceux qui se chargent de son éducation et donc de le faire passer sur la rive de l‘âge adulte.

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