Un conte de Noël : le bœuf et l’âne de la crèche


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Jules Supervielle nous entraîne aux débuts de la chrétienté avec un conte poétique débordant d’émotion et présente ces deux animaux comme les précurseurs des deux vocations opposées ou complémentaires des premiers religieux: les ordres contemplatifs et apostoliques.

En ce moment, les personnages secondaires ont la cote: on s’aperçoit souvent que le succès d’un film ou l’intérêt d’une nouvelle reposent sur eux autant que sur le personnage principal. Que serait Zorro sans le sergent Garcia? Que serait la crèche sans le bœuf et l’âne?

Jules Supervielle a souhaité mettre en lumière les deux célèbres animaux de la crèche dans une nouvelle éponyme datée de 1931. Les deux animaux proposent deux vocations religieuses opposées et s‘agacent mutuellement.

Le bœuf est un solitaire. D’un abord effrayant avec ses deux cornes pointues, il n’est pas fait pour la société: incompris, mal à l’aise, il ne sait pas retenir ses émotions (il bave), ne sait pas se comporter dans le grand monde.

Autant l’animal est imposant, autant il souhaite passer inaperçu. Autant il est pesant, autant ses efforts tendent à ne rien déranger. Il est torturé en permanence à la simple idée de gêner. Il est dans un doute perpétuel sur le bien fondé de chacune de ses actions ou sur son mérite.

Complexé par son apparence et ses capacités, il est en admiration devant ceux qui l’entourent. Il est émerveillé par la création divine: L’habileté de Joseph, la couleur et l’éclat de la paille sont pour lui autant de miracles. C’est un contemplatif, qui n’a nul besoin d’être en lumière ou de reconnaissance pour ses actions.

Le bœuf aime que chacun soit à sa place. Le protocole a son importance. Le bœuf construit la première chapelle: une brindille et quelques brins de paille figurant l’enfant qu’il n’ose adorer directement, il est naturellement humble.  Il estime particulièrement l’un des rois mages qui efface jusqu’aux traits de son visage pour mieux refléter l’enfant divin: ainsi les cisterciens trappistes perdent-ils leur identité pour n’être plus qu’adorateurs.

Il est empli d’une telle déférence pour le sacré qu’il préfère rendre des services indirects. De même, il ne peut s’adresser directement à Dieu, il lui faut un truchement: musique sacrée par exemple.

Le silence du bœuf est riche de sens. On pense aux ordres religieux imposant des temps de silence comme les Clarisses. Empli de son adoration, il ne ressent pas d’autre besoin et se passerait volontiers de boire et de manger. C’est un ascète. Les privations et la faiblesse qui en résulte le rendent sujet aux visions.

Il se mortifie en restant sur un seul genou au point d’en faire une plaie et on pense aux frères flagellants. Il sacrifie sa vie inutilement, uniquement pour témoigner de sa foi et on pense aux premiers chrétiens dans l’arène.

Il sera laissé seul, inutile, oublié, incompris. L’aventure continuera sans lui. On pense aux couvents et monastères clos, en marge de la vie sociale.

L’âne au contraire de son compagnon attire la sympathie avec ses douces oreilles. Il sait trouver les arguments, cherche déjà à instruire les enfants: on pense aux Jésuites.

L’âne est plus pragmatique, il accepte la vie comme elle est. Peu compatissant pour les souffrances du bœuf, il cherche surtout à être en bonne place et, aucunement intimidé, est pleinement conscient de son importance. C’est un courtisan.

Il n’hésite pas à tourner l’enfant de son côté, profitant d’un moment d’inattention de la Vierge. Entendons par là qu’il n’hésite pas à modifier certains aspects sacrés à son avantage.

L’âne agit: il est celui qui porte la Vierge et l’enfant. On pense aux nombreux ordres religieux qui se consacrent à l’éducation ou aux soins aux démunis ou aux malades: les jésuites, les hospitaliers… Il a choisi la voie apostolique.

Le type de prière et leur objet marquent clairement la différence.

La prière de l’âne est une liste de réclamations: il prie pour obtenir plus de sécurité, il remet en question les choix divins le concernant, son apparence, les difficultés de sa vie.

La prière du boeuf est une action de grâces. Il se sent souvent proche de l’extase. Se sentir proche de Dieu suffit à son bonheur.

Dans un tout autre registre, signalons le charmant conte musical de Noël du Chat troubadour : lechattroubadour.blogspot.com. Vous pouvez commander une représentation pour votre Comité d’entreprise par exemple.

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3 commentaires sur « Un conte de Noël : le bœuf et l’âne de la crèche »

  1. tant qu’on se sentira obligé de se référer aux impostures chrétiennes la société aura aussi peu de chances d’avancer qu’avec les barbus
    ce sont les hommes qui fabriquent les dieux dont ils ont besoin, il faudrait enfin que les esprits s’affranchissent de ces niaiseries

    1. Je suis d’accord avec vous mais ce blog n’a pas vocation à éduquer politiquement les foules, nous parlons ici d’émotions littéraires et si les religions ont produit nombre d’horreurs, tout le monde est d’accord là-dessus, elles ont aussi servi de vecteur à nombre de chef-d’œuvre, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

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