Les mémoires d’Agrippine par Pierre Grimal


Agrippine la jeune
Agrippine la jeune

Agrippine la jeune, mère de Néron, pourrait être cataloguée aujourd’hui comme une tueuse en série ou en tous cas comme une multi récidiviste. Ses souvenirs sont imaginés par le grand spécialiste de cette époque.

Selon Tacite, Agrippine avait effectivement écrit ses mémoires, qui furent perdues. Le grand érudit Pierre Grimal se sert de sa connaissance des textes latins pour nous faire découvrir ce qu’auraient pu être ces souvenirs. Le style est vivant et les scènes de l’époque romaine semblent dater d’hier tant elles sont bien rendues.

Alors que sa mère également prénommée Agrippine était connue pour sa beauté et ses qualités humaines, Agrippine la Jeune est restée dans l’histoire pour ses nombreux meurtres. Un des plus célèbres est le meurtre de l’empereur Claude, son troisième époux, qu’elle aurait empoisonné.

Elle aurait auparavant également empoisonné son deuxième époux mais la preuve ne put être établie par l’enquête de l’époque et, bien que fortement soupçonnée, elle n’a pas été poursuivie.

D’une manière générale, elle se servira de son influence sur Claude pour faire disparaître ceux qui la gênent ou dont elle convoite les richesses.

Pourtant, avant d’être une meurtrière chevronnée, Agrippine a été une enfant innocente. Pierre Grimal préfère la nommer Agrippina pour lui ôter la réputation qu’elle acquit ensuite et commencer la biographie sans parti pris.

Née en l’an 15 après Jésus-Christ en Germanie, elle est la fille de Germanicus et la petite-fille et l’arrière petite-fille d’Auguste. Sa mère aurait été le fruit des amours incestueuse d’Auguste et de sa fille.

Sa jeunesse est pour le moins tumultueuse. Après l’assassinat de son père Germanicus, elle collectionne les amants dont Sénèque, se livre occasionnellement à la prostitution, a des relations incestueuses avec son frère, qui l’exilera et avec son oncle Claude, qu’elle épousera en troisièmes noces.

L’écriture des mémoires à la première personne  est un parti pris littéraire original qui nous permet de revivre ces épisodes sanglants de l’intérieur, si l’on peut dire et apporte forcément à la sinistre Agrippine un capital sympathie de départ.

Pierre Grimal s’attache à nous dépeindre l’enfant qui peu à peu découvre les secrets honteux de la famille: incestes, viols, enlèvements… Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’avait pas des papys sympathiques.

On l’entend discuter avec son frère Caligula, de 3 ans son aîné, et découvrir qu‘elle ne fait pas partie d‘une famille ordinaire. Caligula enfant aime les contes et la mythologie: l’empereur Auguste a été déifié de son vivant et une généalogie «officielle» le fait descendre d’Enée, l’un des anciens héros de la guerre de Troie.

La famille suit Germanicus dans la plupart de ses déplacements et la petite Agrippina ouvre grands ses yeux et son esprit. C’est l’occasion d’un voyage pédagogique dans les différents pays visités pendant l’enfance d’Agrippine: nous apprenons ou révisons en même temps qu’elle us et coutumes de cette époque et des détails des mythologies grecque ou égyptienne et avec elle nous comprenons les leçons sociales ou politiques qu‘elles comportent..

Les dirigeants romains à cette époque hésitent entre l’humilité feinte et le pouvoir totalitaire. L’empereur Auguste se disait le premier des sénateurs, plaçant ainsi les autres sénateurs comme ses égaux. Cela n’était pas sans danger: on pouvait choisir de prendre sa place. Il interdit alors l’entrée de Égypte aux autres sénateurs. Germanicus passa outre cette interdiction et on comprend l’attrait exercée par la monarchie égyptienne sur Agrippine et son frère, ce qui apporte des théories vraisemblables sur la genèse d’un tyran.

On note en passant que son frère, le futur empereur Caligula, fut également attiré par l’idée d’inceste: les rois égyptiens épousaient traditionnellement leur sœur. Il n’hésita pas à mettre cette idée en pratique avec ses deux jeunes sœurs.

Britannicus, le fils de l’empereur Claude et de sa troisième épouse Messaline a été empoisonné lors d’un banquet par son beau-frère Néron, fils d’Agrippine, quatrième épouse de Claude. Il avait quatorze ans. Cet épisode de l’histoire de Britannicus est le sujet d’une tragédie de Racine.

L’empereur Claude n’avait vraiment pas la main heureuse dans le choix de ses femmes: Messaline faisait tuer tous ceux qu’elle jalousait, qu’elle craignait ou qui lui déplaisaient ainsi que ceux dont elle souhaitait s‘emparer des biens: ils furent nombreux. Par exemple, un citoyen romain fut assassiné parce qu’il avait un beau jardin fleuri…

On ne pleurera pas Messaline, assassinée par… Agrippine qui pourra ainsi épouser Claude, son oncle, mais on n’est pas à un inceste près.

L’astrologue Balbillus avait prédit que Néron règnerait et qu’il tuerait sa mère. Agrippine avait répliqué: «qu’il me tue pourvu qu’il règne !» Néron régna et elle mourut assassinée sur son ordre à l’âge de 44 ans après avoir échappé une première fois à un naufrage survenu selon un plan de son fils unique. Elle aurait demandé au soldat venu l’exécuter de la frapper au ventre, signifiant par là qu’elle souhaitait avant tout détruire le ventre qui avait enfanté Néron.

Bibliographie

Claire Bretecher, auteure de bandes dessinées, a imaginé un personnage de notre époque, une jeune fille nommée Agrippine, se moquant ainsi de la mode actuelle qui veut que l’on cherche l’originalité sans connaître forcément l’Histoire.

Mémoires d’Agrippine / Pierre Grimal – éditions de Fallois Paris

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