Vents


Un partage d’un extrait de Vents, de Saint-John Perse, poète toujours difficile à expliquer mais qui fait grand effet sur mon âme. Ces vers éveilleront sans doute d’autres échos pour vous. Le recueil est paru en 1968 mais j’ai la faiblesse de les lire à l’aune de mon époque misérable, ce qui est peut-être les trahir mais est-ce un hasard si cette page s’est ouverte aujourd’hui sur « Eâ »?

Eâ est le dieu de la sagesse mais il est lié aussi aux eaux douces souterraines, il correspond plus précisément à une nappe phréatique de Mésopotamie. (Source Wikipédia). Son nom pourrait signifier en sumérien « maison de l’eau ». Il est souvent présenté comme celui qui trouve les solutions aux problèmes les plus graves, c’est dire s’il est le bienvenu en cette année 2022 où nous avons franchi la limite planétaire de l’eau verte.

Petite explication: l’eau verte est celle qui s’infiltre dans le sol et hydrate les plantes. L’eau dite « bleue », quelle que soit sa couleur, est celle qui court dans nos rivières. Les neuf limites planétaires sont les seuils à ne pas dépasser pour ne pas compromettre les conditions de la vie sur Terre, parfois de manière irrémédiable et définitive. Nous en avons déjà dépassé six.

Mais revenons aux vers du poète:

« …Eâ, dieu de l’abîme, les tentations du doute seraient promptes

Où vient à défaillir le Vent…Mais la brûlure de l’âme est la plus forte,

Et contre les sollicitations du doute, les exactions de l’âme sur la chair

Nous tiennent hors d’haleine, et l’aile du Vent soit avec nous! »

Chez Saint-John Perse, le vent est perçu positivement, quand bien même il se mue en ouragan. Il fait bouger les lignes, il nous pousse à nous réinventer, à sortir de notre zone de confort en dépoussiérant les vieilles idées et les habitudes trop ancrées. Il nous donne des ailes ou en tous cas nous accompagne de son aile.

Le doute est le propre de l’humain, face à l’avenir, face aux nouvelles idées, face à ce que pourrait être sa vie. L’âme, au contraire, le pousse presque sauvagement (« brûlure », « exactions ») à avancer.

« Car au croisement des fiers attelages du malheur, pour tenir à son comble la plénitude de ce chant,

Ce n’est pas trop, Maître du chant, de tout ce bruit de l’âme-

Comme au grand jeu des timbres, entre le bol de bronze et les grands disques frémissants,

La teneur à son comble des grands essaims sauvages de l’amour.

Une envolée mystique dans ce passage sonore sur l’âme: on y retrouve des rites tibétains (les timbres, le bronze, les disques…), un Maître du chant comme un guide face au « bruit » inorganisé de l’âme. Cet aspect spirituel n’arrive pas au milieu du bonheur mais en plein doute, dans ce « croisement » où le malheur a rendez-vous, d’où qu’il vienne. Mais c’est peut-être dans le malheur qu’on peut se révéler, d’où cette fierté du mouvement (attelage) et cette force nécessaire (« ce n’est pas trop de ») pour atteindre la plénitude.

Il y a cependant de fausses pistes et le Maître semble les dénoncer dans un discours entre guillemets, un peu comme Anubis pesant les âmes:

« Je t’ai pesé, poète, et t’ai trouvé de peu de poids.

Je t’ai louée, grandeur, et tu n’as point d’assise qui

ne faille.

« L’odeur de forges mortes au matin empuantit les

antres du génie.

« Les dieux lisibles désertaient la cendre de nos jours.

Et l’amour sanglotait sur nos couches nocturnes.

« Ta main prompte, César, ne force au nid qu’une aile dérisoire.

Bon, au petit matin, il ne reste rien : des cendres, une aile dérisoire, des forges mortes, une odeur de mort même et l’amour qui sanglote. Tous ces efforts pour se hisser au niveau du génie ou d’un empereur (César) comme un forgeron dans le feu de l’action pour finalement s’apercevoir qu’on s’est fourvoyé. Il y a comme un côté « tâcheron » de l’être humain qui ne sait peut-être pas se laisser emporter avec plus d’innocence. Peut-être faut-il être jeune pour cela.

« Couronne-toi, jeunesse, d’une feuille plus aiguë!

On revient un peu à César et à la feuille de laurier, peut-être faut-il moins réfléchir et plutôt agir lorsque le moment est venu:

« Le vent frappe à ta porte comme un Maître de camp

Tiens, le Maître de chant a perdu un « h »! Le registre est plus guerrier.

« A ta porte timbrée du gantelet de fer.

Si l’on en croit ce qui suit, le gantelet de fer ne cache pas une main de velours:

« Et toi, douceur, qui va mourir, couvre-toi la face de ta toge

« Et du parfum terrestre de nos mains…« 

On se souvient que César s’était couvert la face de sa toge au moment de mourir. On emporte aussi le parfum de la terre et de nos mains qui l’ont travaillée.

Le Vent s’accroisse sur nos grèves et sur la terre calcinée des songes!

Apparemment, on n’aura pas la vie dont on avait rêvé, et le poète semble souhaiter plus de vent encore avec l’emploi du subjonctif. C’est apparemment un temps de grandes migrations mais en marchant dans l’espace, on avance aussi dans le Temps:

Les hommes en foule sont passés sur la route des hommes,

Allant où vont les hommes, à leurs tombes. Et c’est au bruit

Des hautes narrations du large, sur ce sillage encore de splendeurs vers l’Ouest, parmi la feuille noire et les glaives du soir…

Et moi j’ai dit: « N’ouvre pas ton lit à la tristesse. Les dieux s’assemblent sur les sources,

Et c’est murmure encore de prodiges parmi les hautes narrations du large.

Le conte se mêle au présent, tandis que le passé s’efface insensiblement. Nous allons parmi les glaives croyant encore fouler les splendeurs de l’occident mais il n’en reste qu’un sillage de navire. L’Ouest est le lieu où le soleil se couche mais aussi où dans la nuit l’aube déjà se prépare. Mourir pour renaître. Nous pourrions céder à la nostalgie du passé, à la crainte de l’avenir, à la peur du présent. Nous pourrions même porter le deuil de nos rêves. Pourtant, il y a là comme un moment exaltant à vivre : les sources parlent de vie et de renouveau et les dieux s’y assemblent. L’air du large nous appelle à nous élever, à trouver peut-être d’autres valeurs, moins matérielles. La parole est créative et on murmure des prodiges.

Le texte continue un peu puis se termine sur ces mots:

S’en aller! s’en aller! Parole de vivant.

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Les Fantômes du Futur

Novembre 2021


Un peu de gourmandise pour commencer avec une recette: Le fromage fort – recette de ma grand-mère Maria

Suivi d’un petit billet d’humeur:

Petite expérience du collectif ou Comment accepter nos différences

Disons-le d’entrée, j’ai du mal à faire partie d’un collectif. Pour citer Brassens : « Dès qu’on est plus de deux, on est une bande de cons ». Il faut bien pourtant parfois sortir de sa zone de confort et aller rencontrer l’autre, dans son altérité justement. De cette immersion d’une semaine chez les bobos, j’ai retiré quelques observations:

D’abord, effectivement, pris séparément, chaque membre se sentait en prise avec la nature, plus ou moins écolo, avec les contradictions que nous avons tous, et bienveillant. Cela, je l’ai senti, constaté, apprécié.

C’est un phénomène bien connu : en bande, on subit une pression intérieure pour ne pas se désolidariser du groupe et on agit parfois d’une manière contraire à ce qu’on est vraiment.

Par exemple, la personne qui se proclame notre guide en montagne nous entraîne à travers un champ cultivé et nous piétinons tout à la manière d’une harde de sangliers. L’alternative aurait été de faire le tour, ce qui rajoutait une cinquantaine de mètres tout au plus. Mais prendre la route, se conformer aux chemins tracés, c’est endosser l’image de celui qui se soumet aux règles. L’anarchiste va où bon lui semble. Paradoxe donc: Je me soumets à la règle commune du groupe pour ne pas apparaître justement comme celui qui se soumet aux règles communes de la société, et ceci contre mon souhait profond. A deux, nous aurions discuté du chemin à prendre, nous n’aurions rien imposé. Exit la démocratie.

Autre exemple, alors que l’objet du stage était justement de se relier au vivant, on fonce en hurlant sur les chemins parce qu’on veut faire décoller les rapaces de leur aire pour mieux admirer leur vol. A cet instant, j’ai eu envie de proposer un questionnaire au groupe: « En tant qu’être humain vivant parmi les vivants, vous considérez-vous comme:

  • Ni plus ni moins important qu’un animal ou qu’un brin d’herbe.
  • Plus important, l’homme est la race supérieure et son bon plaisir prime.
  • Moins important, vous êtes dans cette zone naturelle comme un humble invité, vous ne souhaitez pas trop déranger.

Et j’ai compris plusieurs choses, d’abord qu’apparemment la plupart des citadins présents ne ressentaient pas viscéralement ce que leur passage imposait à la nature environnante, ensuite qu’il est un rythme auquel s’accorder si l’on veut participer à cette vie globale, qui n’est pas celui de la vitesse mais plutôt celui de la contemplation, qu’il y a un temps aussi, plutôt aux heures matinales que tardives, où l’animal que nous sommes sent le danger. Et surtout, qu’il est ici question d’une attitude, plus que de petits gestes ou de grandes explications dans les media. « Etre » plutôt que « Faire » ou que « Dire ».

En conclusion, je dirai bien que le travail qui nous attend commence à l’intérieur de nous-mêmes et qu’il y est question d’humilité et de soumission aux lois supérieures de la Nature. Il y a du boulot !

Après ce billet d’humeur, voici une très rapide étude de texte pour ce mois de frimas:

La Horde du Contrevent / Alain Damasio

Un bonne adresse de chambre d’hôtes ou de gites dans les Alpes de Haute-Provence, près de Sisteron: le domaine Les Rayes (www.lesrayes.fr), très isolé et situé au coeur d’un paysage extraordinaire.

Les Fantômes du Futur

Les Fantômes du Futur Roman d’anticipation


A savoir : une suite a été publiée intitulée « Alice des Deux Côtés du Miroir ».

Un lecteur m’a confié qu’il n’aime pas les romans d’anticipation, est agacé par les discours écologistes, ne goûte pas la Mythologie et a pourtant été « happé » (c’est le terme qu’il emploie), dès les premières pages. Il semble que chacun trouve ce qui lui plait, qui varie d’un lecteur à l’autre. Je conseille de le lire une deuxième fois car il a été écrit pour cela. Certains indices semés çà et là font que la seconde lecture est différente de la première.

Cependant, quelques personnes avouent avoir eu du mal sur les premières pages où sont mentionnés plusieurs personnages (trop à la fois ?). Il faut savoir que dans ce roman atypiques les personnages n’ont pas grand intérêt. Seul compte ce qu’ils apportent à la communauté. Il y a certes un tableau récapitulatif à la fin mais il est inutile d’essayer de retenir les noms ou de se poser trop de questions. Vous retiendrez naturellement ceux qui sont importants pour vous. Comme l’écrit Aragon: « Rien ne passe après tout si ce n’est le passant. »

Ce roman d’anticipation atypique vous séduira par son énergie, son optimisme résolu et la palette des émotions humaines qui colorent l’histoire. La suite, réclamée à corps et à cris, est parue sous le titre Alice des Deux Côtés du Miroir. La tonalité et le thème sont très différents.

Enfin, les retours de lecteurs sont très positifs mais « on ne sort pas indemne de cette lecture », disent certains.

J’ai depuis publié une suite: Alice des Deux Côtés Du Miroir.

Et sur ce blog, vous pouvez lire quelques explications supplémentaires.

Les Fantômes du Futur – Roman d’anticipation

Réponses aux questions les plus fréquentes:

  • Pourquoi la présence de lettres hébraïques anciennes ?

On peut les ignorer et ne voir qu’une étrange décoration. Cependant, elles ont guidé mon imagination et forment pour moi l’architecture du texte. Une tentative d’explication se trouve en fin du livre.

Pour donner un exemple, la lettre Beth a gardé la forme du dessin originel, un abri ou une matrice. Elle est symbolique et correspond à l’achat de la maison pour commencer l’Arche.

  • A quoi servent les gaulois ?

Ils sont là pour s’étonner et nous renvoyer une image distanciée de nos actions. Nous marchons sur la tête mais peut-être faut-il être à l’extérieur pour s’en rendre compte.

  • Pourquoi cette scène doucement érotique mais incongrue ?

La rencontre de deux âmes passe parfois par la rencontre de deux corps. C’est la vie, cela fait même partie de la beauté de la vie, il n’y a alors aucune raison de la passer sous silence.

On pourra voir aussi des symboles cachés dans la position ou la couleur des corps: le yin et le yang, le Bien surmontant le Mal…

  • Pourquoi ne pas s’être arrêté à 2030 et la deuxième partie aurait fait l’objet d’un autre roman ?

Il est vrai que l’effondrement et la reconstruction sont très différents, au point qu’ils ne semblent pas être écrits par la même personne. La première partie est proche de la réalité et peut sembler parfois prémonitoire (l’écriture a été terminée fin novembre 2018). Les idées sont arrivées de nuit, dans un demi-sommeil, donnant parfois l’impression d’être dictées. Dans la deuxième partie, en revanche, j’ai eu l’impression d’être beaucoup plus libre et j’ai laissé vagabonder mon imagination. Ceci explique que certains lecteurs préfèrent de loin l’une ou l’autre partie.

  • Pourquoi angoisser les lecteurs ?

Mon roman n’est anxiogène que pour certains lecteurs, mais en fait, c’est notre situation , notre actualité qui est angoissante. Certains voient au contraire dans cette lecture un optimisme béat et d’autres un équilibre sur le fil entre la violence et l’amour.

Quelques réactions qui m’ont fait chaud au coeur:

  • Il y a un avant et un après la lecture de ce livre. On n’est plus le même, on apprécie beaucoup plus chaque instant de notre vie.
  • J’ai planté des arbres fruitiers autour de ma propriété de manière à ce que plus tard, les passants puissent cueillir quelques fruits.
  • J’avais toujours envie de connaître la suite, je ne pouvais pas m’empêcher de tourner les pages les unes après les autres, j’avais du mal à le lâcher, à faire une pause.
  • C’est un livre qui ne nous quitte pas, qui nous accompagne en pensée chaque jour.
  • Je vais le relire, je pense que je n’aurais plus le même regard, il m’a fait évoluer.
  • La Loire était presque à sec et j’ai encore pensé à ton livre…
  • Si un effondrement survient, je saurais mieux quoi faire, je me serai préparée, au moins psychologiquement et un peu matériellement, en changeant mes habitudes.
  • Votre roman m’a redonné l’envie de lire.
  • En fait, la lecture a été difficile psychologiquement car c’est plus qu’un roman, cela ressemble tellement à notre histoire.

Autres remarques suite aux rencontres des lecteurs:

  • Nous sommes parfois agacés de voir que d’autres ne font pas les mêmes efforts que nous pour préserver notre futur sur la planète terre. En fait, je crois que chacun est quelque part sur son chemin, occupons-nous déjà de nous-mêmes, nous avons beaucoup à faire et encore trop d’incohérences sur lesquelles travailler. Gardons-nous de juger.
  • Sans être en accord avec nous-mêmes, pas de bonheur possible.
  • Solidarité et appui sur la diversité seront deux conditions pour mieux vivre.
  • La prise de conscience et le changement se fait, hélas, dans des conditions dramatiques. L’humain n’est pas raisonnable.
  • Si l’on se reporte seulement un an ou deux en arrière, on s’aperçoit que les consciences et les habitudes ont déjà beaucoup évolué. Le réchauffement climatique, par exemple, fait la une des media.
  • Le travail de deuil, nécessaire lorsqu’on comprend que des changements sont inéluctables, passe par plusieurs phases. Or, dans l’angoisse, on n’est pas performant pour évoluer et reconstruire. Lorsque, après la tristesse, après la recherche parfois compulsive d’informations, on passe à l’action, quelle qu’elle soit, on commence à prendre de la distance et à surmonter le défaitisme. On se sent mieux.
  • Beaucoup de gens se tournent vers d’autres valeurs, vivent en éco-lieux, en communauté. Des forces vives et jeunes nous donnent de l’espoir.
  • Rappel : adhérez au mouvement des Coquelicots ( pour l’arrêt des pesticides).
  • Vous pouvez aussi assister à une Fresque du Climat et pourquoi pas devenir animateur.

Questions posées lors des rencontres et auxquelles vous pouvez répondre en commentaire:

  • Quel est votre passage préféré ?
  • La lecture du roman a-t-elle modifié quelque chose pour vous ?
  • Quelles sont selon vous les raisons d’espérer ?

Dans le même esprit, lisez ce magnifique texte de Catherine Bernard: https://annbourgogne.wordpress.com/divers/texte-de-catherine-bernard/

Les Gens pleurent la nuit

Le piège à singe

La forêt jardin

Un rêve étrange

Je recommande aussi Et Toujours les Forêts de Sandrine Collette. Ceux qui aiment mon roman apprécieront le sien et inversement.

Mes Contes de Perrault de Tahar Ben Jelloun


Professeur de Lettres dans une ancienne vie, grande lectrice depuis l’âge de 5 ans, j’ai toujours pensé que la littérature m’avait plus et mieux éduquée à la vie que mes parents, pourtant très attentifs à l’éducation qu’ils me donnaient. Je pense qu’il est maintenant urgent  de redonner  aux arts et à la littérature l’importance et la place qui devrait être la leur à l’école. Tout le reste peut s’enseigner, plus ou moins tard, plus ou moins longtemps : les arts et la littérature sont une formation de l’esprit, non un remplissage, ils sont la base. Ils forment aussi à l’humour, au rire, à la dérision, qui sont les meilleures barrières contre les extrémismes. Les principales cibles des dictateurs et des intolérants ont toujours été les livres, les artistes, les écrivains, les journalistes. Et donc, il faut de toute urgence lire et faire lire Tahar Ben Jelloun et en particulier son dernier livre : Mes Contes de Perrault.

Mes Contes de Perrault par Tahar Ben Jelloun
Mes Contes de Perrault par Tahar Ben Jelloun

Je suis une fan de Charles Perrault, je ne peux pas me décrire autrement. J’ai donc commencé ce livre avec curiosité et un petit sentiment négatif, il faut l’avouer. On ne touche pas aux idoles comme ça ! Et j’ai été conquise car bien évidemment Ben Jelloun ne copie pas Perrault mais en fait ressortir la quintessence et toute l’actualité en le transposant en pays arabe, pays de tradition orale, de contes et légendes s’il en est.

Dans La Petite à la Burqua Rouge, par exemple, le loup appartient à la secte des Hypocrites, qui disent agir au nom de la religion alors qu’ils se préoccupent surtout de s’enrichir grâce à des trafics de toutes sortes, et en particulier la drogue. Tahar Ben Jelloun frappe fort et parle vrai. C’est exactement ce que sous-entend Perrault dans sa morale du petit Chaperon Rouge :

Je dis le Loup car tous les loups ne sont pas de même sorte

[…]

Mais hélas ! Qui ne sait que ces loup doucereux

De tous les loups sont les plus dangereux

A notre époque où tant de jeunes filles naïves partent en Syrie en croyant s’engager dans l’humanitaire et découvrent toute l’horreur de la guerre, puis se font tuer soit parce qu’un loup doucereux a réussi à les endoctriner pour en faire des bombes humaines, soit lorsqu’elles essayent de s’évader, comment ne pas penser à ce loup de la fable qui dévore celles qui l’ont écouté et cru. Il n’y a pas à proprement parler de morale à la fin de l’histoire telle que la raconte l’auteur mais cette pensée de la jeune héroïne qui commente « L’homme est un loup pour l’homme » en disant cette phrase terrible :

« L’homme est un homme pour l’homme ».

2014


promenade vers Thau (5)

Tous mes vœux pour une savoureuse année : je vous souhaite de profiter de tout ce qui vous est offert, soyez gourmand de chaque instant et faites en sorte que « L’essentiel ne soit pas menacé sans cesse par l’insignifiant » comme le dit si justement René Char.

Je veux dire que je pense à mes lecteurs du monde entier : chaque jour, je regarde dans quel pays un ou une inconnu(e) a partagé un instant avec moi, le temps d’une courte lecture, et j’ai une pensée pour l’île Maurice ou l’Islande,  pour Saint Pierre et Miquelon ou la Russie, pour cette classe en France qui s’est donné le mot pour lire ce que j’avais écrit sur un sujet qu’ils ont à traiter, pour ce groupe de francophiles allemands qui suit ce blog et en discute lors de leurs réunions, pour ce professeur d’Université qui m’a demandé l’autorisation de se servir d’un de mes articles, quelque part sur la Terre…et tant d’autres. A tous, merci !

Une citation de Wells :

Pour qu’un monde meilleur puisse exister un jour, il faut déjà que quelqu’un, quelque part, commence par l’imaginer et le décrire.

C’est tellement vrai que nos pires angoisses ou nos pires cauchemars ont commencé à prendre forme sur le papier : Le Meilleur des Mondes (A. Huxley) mais aussi Mein Kampf ou le petit livre rouge de Mao. Les horreurs du XXème siècle nous ont appris à nous méfier des utopies. Un monde se construit peu à peu. Imaginer un monde meilleur, c’est un peu comme imaginer un adulte sans passer par son enfance, un robot en somme.

Pensée personnelle :

En ces temps de commémoration du débarquement, qui sont aussi des temps où la haine de l’autre retrouve des arguments pour se justifier, j’aimerais simplement faire part d’une réflexion. Depuis que je suis enfant (je suis née une dizaine d’année après la guerre), le peuple allemand porte la honte d’une erreur de vote de leurs parents. Il est évident que la plupart de ceux qui ont voté Hitler étaient loin de souhaiter tout ce qui suivrait. Avec beaucoup de courage, ce peuple meurtri a assumé ses responsabilités politiques, financières, morales. On a souvent oublié que les premiers résistants étaient allemands, et que nous ne les avons pas aidés, on a souvent dit « les allemands » au lieu de spécifier « les nazis ». On passe sous silence que les exactions commises l’ont été aussi par les autres belligérants, on n’évoque pas le fait qu’Hitler a envoyé au massacre les jeunes allemands : les plus jeunes soldats à la fin de la guerre avaient moins de quatorze ans !

Cette année, alors que nous n’avons plus l’excuse de ne pas savoir ce qu’est vraiment le fascisme, notre pays s’est déterminé pour l’extrême-droite lors des dernières élections, avec l’aide efficace de ceux qui ne se prononcent pas, mais on sait bien que la force des méchants vient toujours de l’apathie des faibles.

Cette année, l’Allemagne peut vraiment et définitivement relever la tête. Nous avons prouvé que nous sommes tous humains, qu’il n’y a pas un peuple plus valeureux que l’autre et que nous pouvons tous nous tromper de bulletin de vote.  Les conséquences ne sont pas les mêmes, heureusement, mais le geste est semblable : placer un bulletin dans l’urne.

 

Conseils de lecture :

  • Le Messager du Crocodile  de Jean-Claude Lavaud aux éditions L’Harmattan. L’auteur est docteur en anthropologie, il connait bien et aime le Burkina Faso, où se situe cette belle histoire, pleine d’enseignements et de sentiments. Le rythme est rapide, on se laisse prendre dès le début. Le style est simple, sans fioriture, il ne s’agit pas de littérature, mais on passe un bon moment à le lire même si la présentation des personnages est un peu confuse au départ et la fin n’apaise pas notre curiosité : une suite serait bienvenue.
  • Avant d’aller dormir de SJ Watson. Ce n’est pas une nouveauté, l’édition est de 2011 mais ce premier roman est d’une maturité exceptionnelle. On reste scotché, sans pouvoir poser le livre, avec un suspense qui se renforce au fil des pages jusqu’à la fin. Un livre sur la mémoire aussi puisque l’héroïne est amnésique, avec une analyse fine du « souvenir », qui nous renvoie à nos propres souvenirs et aux réactions parfois incompréhensibles de celui qui souffre et qui se sent à la merci des autres. Un livre sur le temps qui passe aussi, sur la vieillesse, les erreurs, les occasions ratées…Bref, un bon livre.

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automne 2013


crépuscule
crépuscule

Pour saluer l’automne et ses belles couleurs, voici une première pensée ou, comme on me reprochait sans cesse lorsque j’étais enfant, une promenade sur la lune.

  • Depuis la lune, donc, je vois Jules César en train de se faire assassiner. Il retrouve au moment de mourir sa langue d’enfance, celle de sa nourrice, le grec, et non le latin, pour s’étonner de la présence de son fils adoptif parmi les assassins. Ce « Toi aussi mon fils » après lequel il abandonnera toute résistance et se couvrira seulement le visage de sa toge avant de s’écrouler, nous a émus, bien naturellement.  J’aimerais cependant imaginer ce qui se passait à ce moment dans la tête de Brutus, qui a un nom si peu sympathique. Que voulaient les conjurés ? Peut-être avaient-ils peur de voir Jules, déjà César, prendre peu à peu tous les pouvoirs et se diriger vers une dictature ? Peut-être étaient-ils bien intentionnés, ces assassins ? De ces bonnes intentions dont l’enfer est pavé… Et Brutus, justement, avait peut-être été poussé à prendre part à cet assassinat, par solidarité, et il s’était effacé, avec ses sentiments personnels, devant le devoir. Ce dernier cri lui a-t-il déchiré le cœur ? L’a-t-il hanté ensuite ? Ou bien avions-nous affaire à un cynique, uniquement préoccupé de son avenir personnel en politique ? On nous a trop peu parlé de Brutus, il n’a pas fait l’Histoire, finalement, et le jeune Césarion non plus, assassiné lui aussi. Et l’Histoire s’est faite quand même, autrement…
  • Pour changer de sujet, voici un film qui m’a donné à penser, aussi. Un film sur le peu de cas qu’on fait de la vie d’un homme, parfois. Un film sur deux destins de soldats, perdus dans le Caucase, et qui ne savent pas vraiment pourquoi ils se battent, pas plus que leurs ennemis. Un film où de manière inattendue, comme un petit bout d’arc-en-ciel, un petit peu d’humanité surgit, quand on ne l’attend plus. Le prisonnier du Caucase – de Serguei Bodrov.
  • et puis une citation optimiste de Thalès (oui, celui du théorème) « Rien n’est plus rare qu’un tyran qui vieillit ». Malheureusement, je trouve qu’aujourd’hui, ils vieillissent pas mal.
  • et quand même un article (ouh la paresseuse !) : Armstrong – Claude Nougaro

Eté 2013


Voici déjà un article :

Deux livres recommandés :

  • Le goût de la marche – anthologie de textes de marcheurs choisis par Jacques Barozzi, de Giono à Pérec en passant par Jean-Jacques Rousseau ou Jacques Lacarrière, Margueritte Duras, Stevenson, Philippe Delerm….
  • Les voyageurs des miroirs – Kriss Gardaz – Beaucoup d’imagination pour ce roman fantastique à destination des enfants et une belle écriture, sans céder à la  facilité. Le livre en main, on ne le pose plus jusqu’à la dernière page.

Des dizaines de maisons, construites à l’intérieur d’arbres gigantesques, ouvraient d’innombrables fenêtres rondes sur un enchevêtrement de ponts suspendus

Printemps 2013


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Cette admirable sculpture du Louvre nous rappelle si besoin que le printemps est la saison des amours et que sans amour et altruisme, il ne peut y avoir de paix.

  • Pour commencer cette saison et toujours dans l’esprit d’altruisme, je conseillerai non pas un livre mais un auteur : Alexander McCall Smith. Essayez et dites-moi ce que vous en pensez. J’ai lu avec bonheur la série de Ma Ramotswe détective qui se passe au Bostwana. Je parcours en ce moment Les Charmants Travers de nos Semblables, et je me retrouve à Edimbourg.
  • Enfin je lis pour la première fois le texte de Peter Pan dans les Jardins de Kensigton dont je savoure l’humour et la fraîcheur.

« Descendre la Bosse en courant est un jeu extrêmement drôle, sauf les jours de grand vent parce que, cela va de soi, vous n’y êtes pas ces jours-là : les feuilles mortes jouent à votre place. Il n’y a guère qu’une feuille morte qui sache autant s’amuser. »

  • Un recueil de nouvelles qui ne se prennent pas au sérieux mais qui sont – c’est assez rare aujourd’hui  pour le relever – très bien écrites :  Sept Histoires qui reviennent de loin / Jean-Christophe Rufin
  • Une pensée amicale pour ces personnes qui, quelque part dans le monde, s’intéressent à la langue française et à mon modeste blog.  Je ne peux citer tous les pays concernés où, un jour ou l’autre, et parfois chaque jour, quelqu’un lit un de mes articles, mais chaque jour je parcours la liste géographique et je me réjouis que, sans même nous connaître, nous ayons ce lien culturel et humain.
  • Et voici les articles :

Tricot et associations d’idées

C’est une chose étrange à la fin que le monde – Louis Aragon

flûtes d’apéritif

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