Quatre Conseils pour se préparer (un peu) à quelques difficultés futures


Je veux d’abord souhaiter la bienvenue à mes nouveaux abonnés. Cela me fait un grand plaisir d’avoir pu vous intéresser par l’un ou l’autre de mes petits écrits.

J’anime souvent des Fresques du Climat – https://fresqueduclimat.org/ et à la fin , on me pose des questions du type: que devons-nous faire ? Par où commencer ?

Je ne suis spécialiste en rien, je n’ai qu’un peu de bon sens à vous proposer pour vous préparer tant bien que mal à un avenir probablement compliqué. Je n’ai aucune information sur ces futures difficultés et selon la localisation géographique de chacun, elles peuvent être bien diverses.

1- Cependant, mon premier conseil est de créer du lien social, à proximité et aussi assez loin de chez vous. Personne ne s’en sortira tout seul, je le crains, et la solidarité sera notre chance. Vous pouvez aussi être amené à quitter votre habitation, votre région, momentanément ou pour plus longtemps. Par exemple, dernièrement, les habitants ayant dû évacuer pendant les incendies pouvaient être recueillis chez des connaissances ou bien être entassés dans un gymnase ou une école. Favorisez donc autant que possible la qualité de vos relations familiales et/ou amicales.

2-Dans cette éventualité, prévoyez un sac facile à emporter ( vous n’aurez peut-être que le temps de l’empoigner) avec quelques vêtements, des photos, un livre, un jeu de cartes, une lampe de poche, une gourde, une serviette de toilette, une copie de vos papiers, adresses utiles, etc.

3- Prévoyez d’avoir chez vous environ trois semaines de vivres d’avance. C’est en plus un bon placement en ces temps inflationnistes. Cela évite aussi de se joindre aux ruées dans les magasins.

4- Apprenez : à reconnaître les plantes sauvages, une langue étrangère, les gestes de premier secours, la communication non-violente, les rudiments de cuisine et de couture… Le champ est vaste de cet inventaire à la Prévert mais le savoir et les savoir-faire ne sont jamais encombrants.

Pas d’affolement on n’est pas dans Koh Lanta non plus. Et on n’angoisse pas, d’abord parce que se préparer et agir vous sort des ruminations, ensuite parce que nous avons confiance dans nos capacités de résilience et d’adaptation, tant collectives qu’individuelles. Et surtout parce que ces épreuves peuvent nous permettre de retrouver nos vraies valeurs. On échange l’envie de baskets neuves et scintillantes contre le temps d’un moment entre amis, presque sans CO2.

Bon, on espère tout de même que ce ne sera pas trop dur et pour ceux qui ont déjà l’habitude de la sobriété, la marche sera moins haute. A chacun de voir !

A savoir : le gouvernement vient de mettre en place un service téléphonique dénommé FR-alert. Pas besoin de s’inscrire, si un grave danger ( catastrophe naturelle, accident nucléaire, etc.) menace la zone dans laquelle vous vous situez, vous serez averti par une sonnerie, même si votre téléphone est éteint ou en mode silence. Un texto vous donnera les consignes à suivre.

Film recommandé: Une fois que tu sais – il vient de sortir en DVD. Le rythme est un peu lent, mais cela fait du bien de ralentir aussi. Surtout, il pose les bonnes questions. Il vaut mieux auparavant réviser son Dennis Meadows.

Livres: – Le guide des plantes sauvages et comestibles / Rudi Beiser/ Larousse et Cueillir et cuisiner les plantes sauvages/ Mireille Sicard/ Edisud

La lecture du roman Les Fantômes du Futur / Annick Bourbon Rochette peut représenter un bon entraînement.

Des Présidentielles aux Législatives


La sagesse a été plus forte que la colère. J’ai été soulagée ce matin de ne pas me réveiller avec le profil de l’extrême-droite au pouvoir. Soulagée mais pas très heureuse tout de même, nous repartons pour un quinquennat de M. Macron. Je remercie ceux qui ont eu le courage de voter contre leurs convictions mais aussi pour ce qu’il nous reste encore de démocratie. La sagesse a été plus forte que les colères légitimes, qui demeurent et sont même renforcées par ce qu’il nous a fallu de volonté pour insérer le nom d’Emmanuel Macron dans la petite enveloppe bleue.

Dès aujourd’hui, un combat nous attend, qui dépasse l’ancien clivage gauche/droite: protéger à tout prix notre environnement. C’est notre lutte de Terriens contre les Destructeurs, prenant toutes sortes de chemins. Il reste trois ans avant que le dérèglement climatique et les autres limites planétaires ne s’emballent inexorablement. Nous savons bien que nos efforts individuels et les marches pour le Climat ne suffiront pas, des décisions collectives doivent être prises, rapidement. Elles le seront si, enfin, nous abordons les vrais sujets qui préoccupent les Français.

Notre société doit reconnaître l’importance des métiers du lien, de la santé, de l’éducation et de la culture ainsi que celle des milieux associatifs. Face aux dangers qui nous menacent, il faudra organiser l’aide aux plus fragiles, améliorer notre résilience tant  agricole qu’industrielle et énergétique et repenser la sécurité à tous niveaux, de proximité, intérieure et internationale, sans piétiner nos valeurs morales, nos droits fondamentaux ni nos libertés individuelles.

 C’est tout l’enjeu des prochaines élections législatives, dont le premier tour est fixé au dimanche 12 juin. Je serai au rendez-vous, et vous ?

Lamb – le film


C’est un film où il ne se passe presque rien, en VO Islandais sous-titré. Pour l’Islandais, ce n’est pas grave parce qu’il y a très peu de dialogues. Eh bien, voilà qui donne envie ! C’est pourtant un film qui nous hante une fois qu’on l’a vu. Les sons familiers ou menaçants, la transparence des vitres et l’opacité du brouillard, la beauté des paysages et l’agencement basique de la maison… et puis Ada, qui est-elle ou qui sont-elles ? Télescopage entre le passé et le présent, petite place entre deux mondes, intrusion du fantastique dans le quotidien. Qui est cet autre ? « C’est le bonheur », répond Ingvar, le mari de Maria, et tout est simple quand on accepte ce qui vient, sans poser de questions.

Le quotidien est fait de gestes répétés, du plaisir d’une pause-café au milieu d’une dure journée, de rires aussi, de souvenirs refoulés, de passions puériles ou inavouées, de jalousies, d’incompréhension, de trajectoires interrompues.

En sortant, on a l’impression d’avoir passé un mois de stage dans cette ferme. On repart avec plus de questions que de réponses et vraiment ému par le poème subtil auquel on vient d’assister, comme une ode à la vie dans sa fausse simplicité. Et on regarde autrement les moutons.

Réalisé par Valdimar Johansson- Sorti en 2021 – Avec Noomi Rapace.

Historique et représentations mentales de la croissance

Pourquoi aimons-nous une croissance qui nous fait du mal ?


On parle beaucoup de croissance en ce moment, il est important de préciser qu’il s’agit de croissance de la production. Cette croissance a eu des avantages, elle a maintenant surtout d’énormes inconvénients. Elle est aujourd’hui devenue une obsession, au point de la vouloir ou la croire infinie. Elle ne s’accompagne plus d’une amélioration globale du bien-être de la population mais au contraire d’un accroissement des inégalités sociales. Elle est clairement corrélée au dérèglement climatique, elle détruit l’environnement et abime la santé humaine (horaires décalés, stress, burn out…). Bref elle nous rend malheureux par toutes sortes de biais. Mais nous l’aimons. Pourquoi ?

Revenons aux peuples premiers ou aux philosophes grecs pour qui l’homme fait partie intégrante de la Nature, au même titre qu’une sauterelle ou une fougère.

L’arrivée du Christianisme change fondamentalement cette représentation. L’homme est considéré par essence supérieur aux autres espèces et doit les dominer. La nature est désacralisée.  Toutefois, Saint François d’Assises reviendra plus tard à plus de sagesse et aujourd’hui le pape François incite les croyants à suivre son exemple.

On espérait que le siècle des Lumières ferait évoluer cette vision totalement anthropocentrée avec l’avènement des scientifiques et l’arrivée de nouvelles connaissances comme celle de la rotation de la Terre autour du soleil. En fait, on a surtout inventé de nouvelles techniques pour maîtriser la Nature.

Au XIXème siècle, les Sciences économiques et sociales montrent que la croissance est un moyen de maintenir le lien social, comme une sorte de mission collective à laquelle chacun contribuerait. Une nouvelle organisation du travail donne toute sa valeur à la main d’œuvre par le biais de la valeur ajoutée. Les ressources sont considérées comme gratuites et ce qui est gratuit ne vaut rien. La Nature est occultée.

Les trente glorieuses au XXème siècle, avec leur 5% de croissance de PIB annuels, restent un modèle de prospérité dans l’imaginaire collectif.

Les années 1970, avec la naissance d’un féminisme marxiste, soulignent le lien entre l’oppression des femmes et les intérêts d’une classe dominante dans une société patriarcale mais ne font pas encore le rapport avec le pillage des richesses naturelles. Aujourd’hui, la notion d’écoféminisme établit clairement la corrélation entre l’oppression des femmes et la destruction de la Nature. Les états, les sociétés ou les individus qui ne respectent pas les femmes sont aussi ceux qui saccagent la Nature.

Mais comment déconstruire des siècles de représentations mentales ? Comment lutter contre des techniques publicitaires qui utilisent les récentes découvertes sur le fonctionnement du cerveau humain ?  Créer de la frustration et promettre des récompenses, ça marche vraiment bien. Outre l’obsolescence programmée des appareils, il y a aussi l’obsolescence imaginaire qui fait qu’un produit démodé est vite mis au rebut. Résultat: la masse des objets manufacturés est supérieure à la masse du Vivant sur Terre. ( Le Vivant : humains, animaux, végétaux)

 Face à cela, l’écologie apparaît comme punitive. Ne pas acheter les dernières chaussures à la mode occasionne une réelle frustration, une souffrance. Face à cela, la philosophie du « Less is more » est quasiment inopérante. Elle fonctionne aussi dans l’autre sens d’ailleurs « more is less ». Et pour qui a essayé de vivre plus sobrement, elle est pourtant tellement vraie. Certains s’en sont rendus compte pendant cette crise du Covid 19, allant même jusqu’à changer radicalement de mode de vie. Mais ils sont très peu nombreux.

Il faudra bien cependant accepter de se répartir un gâteau moins gros, avec plus de justice sociale et en trouvant d’autres richesses et d’autres bonheurs dans le lien familial, amical, amoureux, social ou dans la spiritualité. Si nous ne nous organisons pas pour le faire politiquement, nous y serons très prochainement forcés dans l’anarchie et le désordre, tout simplement parce que les lois de la physique sont supérieures à celles de l’économie. Notre planète est limitée, ses ressources aussi. Les temps de régénération et de renouvellement sont lents et se comptent en millions d’années.

Le corps humain a ses limites aussi : avec +4°C de réchauffement global, il ne restera sur Terre qu’un quart de la population humaine actuelle. Températures léthales, événements climatiques extrêmes, famines et pandémies, pollution de la terre, de l’eau et de l’air, sans parler des conflits induits, maintiendront de gré ou de force notre espèce dans des limites raisonnables. On espère que cela n’ira pas plus loin et qu’une vie rapidement plus sobre sera de mise avant que des boucles de rétroaction positives ne fassent de notre Eden un désert inhabitable.

Combien de temps reste-t-il pour faire ce choix ? Nous n’avons que des probabilités, issues de calculs savants : 3 ans, peut-être 5 ou même 10, guère plus vraisemblablement.

Merci à Jade Boivin et Philippe Ramos pour leurs explications dont je me suis largement inspirée.

Le rapport Meadows

Quelques explications sur le célèbre rapport Meadows


Ce texte a pour source une interview récente de Dennis Meadows et tente de donner quelques informations sur ce fameux rapport Meadows dont on parle beaucoup à l’heure actuelle.

En 1970, on demande à un groupe de chercheurs du MIT (Massachusset Institute of Technology) une étude sur l’avenir de l’humanité. Il s’agit de simulations par ordinateur. Selon les choix politiques qui seront actés, on aboutit à 13 scénarios possibles, le plus catastrophique étant dénommé « Business as usual », c’est-à-dire « on continue comme avant ».

Ce rapport a eu un immense retentissement, a été traduit en 35 langues et des scientifiques l’ont comparé année après année à la réalité et en 2020 il colle parfaitement à la réalité. Et nous avons suivi le pire scénario.

Remarque: le dérèglement climatique n’apparait pas dans ces calculs, il est en « bonus », mais la fin de nombreuses ressources, si.

Ce rapport a évidemment été très critiqué dès sa sortie, surtout par des économistes ne l’ayant pas lu. Entre évoluer et critiquer, il est évident qu’il est bien plus facile de critiquer.

En 1972, la population mondiale a atteint 3,6 milliards d’habitants et double tous les 32 ans. A titre de comparaison, au XVIIème siècle, elle n’est que de 500 000 habitants et ne croît que de 0,3% par an. Le rapport prévoit pourtant que nous n’atteindrons pas le poids insupportable de 12 milliards d’habitants parce que la Nature réagit toujours en cas de surpopulation d’une espèce: si on ne restreint pas la fécondité politiquement, des épidémies ou des famines feront le travail, sans parler des guerres.

Quelle démographie ? Cela dépend du train de vie, évidemment, mais il faudrait plutôt être un milliard d’individus que neuf milliards sur notre planète. On peut continuer d’avoir des enfants mais en moins grand nombre et le problème est surtout la répartition des richesses. Ce sont les insatiables très riches qui sont au coeur du problème.

On s’aperçoit aussi que la croissance économique mondiale est encore plus rapide qu’en 1970, alors même que le bien-être moyen de la population mondiale ne s’améliore plus et qu’il a même tendance à diminuer. On sait aussi que la croissance, verte ou autre, ne peut être infinie dans un monde limité. L’expression « développement durable » est un oxymore, comme le souligne Dennis Meadows.

Le début des gros problèmes était prévu en 2020. Depuis 1970 ! Pourquoi sommes-nous incapables de réagir à temps ? Depuis la nuit des temps, l’esprit humain n’a pas eu besoin d’anticiper à long terme, il n’est pas formaté en conséquence. Il agit quand il voit le problème. Malheureusement, le climat a une inertie qui se compte en siècles, un peu comme si on se rendait maintenant compte qu’on est monté dans un train fou.

Ajoutons à cela qu’une société diversifiée, comprenant plusieurs groupes différents dans leurs coutumes, leurs opinions, leur niveau de vie, etc. évolue plus difficilement car il est presque impossible d’obtenir un consensus, il y a toujours un groupe qui est contre. De plus, la plupart des gens ne partent pas d’informations pour trouver des solutions, comme le ferait un esprit scientifique mais plutôt d’une solution qui leur convient et trouvent ou inventent ensuite des informations qui corroborent ce choix.

D’après Dennis Meadows, interrogé récemment, le bien-être et le confort vont poursuivre inéluctablement leur décroissance. Il insiste sur la notion de dépassement en prenant l’exemple d’une personne qui aurait économisé pendant trois ans puis qui dépenserait plus qu’elle ne gagne. On comprend vite que tout va bien pendant un certain temps, tant qu’elle vit sur ses économies, puis qu’elle ne peut plus ensuite continuer avec le même train de vie et qu’elle doit impérativement réduire ses dépenses, d’autant plus si elle n’a pas réagi immédiatement et qu’elle s’est endettée. Aujourd’hui, sans croissance continue, si quelqu’un a plus, un autre aura moins.

Le professeur Meadows prend l’image de parents qui ont un bébé. Ils souhaitent qu’il mange bien et qu’il se développe, qu’il grandisse et prenne du poids. Cependant, à l’adolescence, ils ne souhaitent plus qu’il continue à grandir et à prendre du poids mais plutôt qu’il s’améliore intellectuellement. Pourquoi ne fait-on pas de même avec le monde physique ? Pourquoi nos mentalités n’évoluent-elles pas et ne s’adaptent-elles pas ? « Plus » ne signifie pas « mieux ».

L’idée de succès s’est rétrécie au fait d’avoir plus d’argent. Une vie réussie n’est plus comme auparavant associée à des qualités, comme être un musicien extraordinaire, par exemple, mais au fait de détenir une montre extrêmement chère. La publicité incite également à cette distorsion des valeurs. Il y a donc hélas peu d’espoir d’évolution radicale dans une démocratie. Les riches et tous ceux qui gagnent au système actuel font obstacle à tout changement.

Comment la fin de la croissance va-t-elle se manifester ? « C’est là un problème de court terme », répond Dennis Meadows, « la Nature frappe en dernier ». Pour le moment, en Europe, on fait tourner la planche à billets, en privilégiant le court terme, cette monnaie va donc s’effondrer tôt ou tard car le système n’est pas viable ou alors il va devenir très différent de ce qu’on connait..

On lui pose souvent la question: » Allons-nous parvenir à résoudre le problème? » Mais le problème sera résolu de toutes façons, répond-il, et certainement pas comme on aimerait qu’il le soit. En fait la question que les gens se posent est plutôt: « Est-ce que les riches blancs du Nord vont garder leurs privilèges et leur façon de vivre ? » La réponse est non car cette société ne peut pas durer beaucoup plus longtemps. En aucun cas une société énergivore ne pourra subsister. Cependant cette ère de transition pourrait peut-être s’étaler sur plusieurs centaines d’années. (Personnellement, je suis persuadée que ce sera bien plus rapide).

Le problème n’est pas la démocratie ou quelque système politique que ce soit, mais plutôt les objectifs que ce système se donne. La démocratie elle-même prend d’ailleurs des formes très différentes selon les pays. Si l’objectif est la croissance, comme c’est le cas dans les pays occidentaux en ce moment, c’est fichu. Il faut savoir qu’en cas de crise, les populations choisiront toujours l’ordre plutôt que la liberté. Les promesses d’un dictateur sont mensongères mais simples à comprendre et on a envie d’y croire. Le capitalisme ne serait pas un problème s’il ne négligeait pas les contraintes écologiques, mais il se heurte à de grandes difficultés: comment par exemple taxer le carbone dans les zones de libre-échange, quand chacun fait ce qu’il veut ?

Il est trop tard pour éviter les catastrophes mais on peut encore en limiter la portée en s’adaptant aussi vite que possible. Quels sont les choix qui nous restent? Un problème est défini par la différence entre ce que vous voulez et ce que vous avez, il faut donc soit acquérir plus soit désirer moins pour être heureux.

Il y a deux catégories de problèmes : Les mondiaux, qui demandent une action concertée et que personne ne peut résoudre à lui seul et les universels. Pour ces derniers, chacun peut agir là où il se trouve, en tant qu’individu ou plus sûrement au sein d’un pouvoir local, au niveau d’une commune ou d’une communauté de communes. Cela peut porter sur la pureté de l’eau ou une criminalité locale, la déforestation autour de chez soi, etc.

La résilience est de pouvoir supporter les chocs à venir. Aujourd’hui, on cherche à augmenter l’efficacité au dépens de la résilience. Par exemple, une seule usine d’essuie-glaces dans le monde est plus efficace, c’est-à-dire moins chère à la production. En cas de problème cependant, il n’y a pas de solution de rechange. Pour être résilient il faut placer des tampons anti-chocs, des réserves, plusieurs sources d’approvisionnement… Posons-nous les questions : de quoi ai-je besoin ? Comment puis-je l’obtenir ? En cas de panne ou de rupture, quelles plan B ai-je prévu ? Avoir plusieurs compétences, diversifier ses réseaux améliore la résilience.

Il faut comprendre que tous ces problèmes comme le covid ou l’érosion des sols, le changement climatique ou autre sont en fait des symptômes. Soigner les symptômes n’a pas de sens sur le long terme. Dans 300 ans, le niveau de l’eau pourrait monter de 15 à 20 mètres, placer une digue sur trois mètres est un cautère sur une jambe de bois. Il faut aller à la cause de tous ces problèmes, qui est clairement identifiée: c’est la croissance, y compris démographique.

Ce dont le rapport ne peut rendre compte, ce sont les événements disruptifs comme la récente pandémie de covid et surtout sa gestion. En prenant en compte ces alea encore inconnus mais qui arrivent forcément une année ou l’autre, j’ai pour ma part plutôt l’image d’un escalier que d’une courbe pour notre avenir.

Gardons à l’esprit cependant qu’un mal apporte souvent un bien, ainsi le premier confinement a-t-il un peu et temporairement amélioré le niveau des émissions de CO2. Il a également contribué à un changement de priorités chez nombre de nos concitoyens, valorisant la vie familiale et non plus l’argent gagné au travail, habituant certaines entreprises au télétravail, rendant la Nature et les zones rurales plus attractives. Ces choix politiques ne se traduisent malheureusement pas encore dans les urnes ou en tous cas dans les sondages.

Faut-il en pleurer ? « A quoi sert d’être malheureux devant l’inéluctable ? » réplique le vieux chercheur.

Pour continuer dans ce thème:

Le piège à singe

Les Fantômes du Futur

ENVIRONNEMENT- EFFONDREMENTS et RESILIENCE

Conférence sur l’effondrement de notre société.

texte de Catherine Bernard

Novembre 2021


Un peu de gourmandise pour commencer avec une recette: Le fromage fort – recette de ma grand-mère Maria

Suivi d’un petit billet d’humeur:

Petite expérience du collectif ou Comment accepter nos différences

Disons-le d’entrée, j’ai du mal à faire partie d’un collectif. Pour citer Brassens : « Dès qu’on est plus de deux, on est une bande de cons ». Il faut bien pourtant parfois sortir de sa zone de confort et aller rencontrer l’autre, dans son altérité justement. De cette immersion d’une semaine chez les bobos, j’ai retiré quelques observations:

D’abord, effectivement, pris séparément, chaque membre se sentait en prise avec la nature, plus ou moins écolo, avec les contradictions que nous avons tous, et bienveillant. Cela, je l’ai senti, constaté, apprécié.

C’est un phénomène bien connu : en bande, on subit une pression intérieure pour ne pas se désolidariser du groupe et on agit parfois d’une manière contraire à ce qu’on est vraiment.

Par exemple, la personne qui se proclame notre guide en montagne nous entraîne à travers un champ cultivé et nous piétinons tout à la manière d’une harde de sangliers. L’alternative aurait été de faire le tour, ce qui rajoutait une cinquantaine de mètres tout au plus. Mais prendre la route, se conformer aux chemins tracés, c’est endosser l’image de celui qui se soumet aux règles. L’anarchiste va où bon lui semble. Paradoxe donc: Je me soumets à la règle commune du groupe pour ne pas apparaître justement comme celui qui se soumet aux règles communes de la société, et ceci contre mon souhait profond. A deux, nous aurions discuté du chemin à prendre, nous n’aurions rien imposé. Exit la démocratie.

Autre exemple, alors que l’objet du stage était justement de se relier au vivant, on fonce en hurlant sur les chemins parce qu’on veut faire décoller les rapaces de leur aire pour mieux admirer leur vol. A cet instant, j’ai eu envie de proposer un questionnaire au groupe: « En tant qu’être humain vivant parmi les vivants, vous considérez-vous comme:

  • Ni plus ni moins important qu’un animal ou qu’un brin d’herbe.
  • Plus important, l’homme est la race supérieure et son bon plaisir prime.
  • Moins important, vous êtes dans cette zone naturelle comme un humble invité, vous ne souhaitez pas trop déranger.

Et j’ai compris plusieurs choses, d’abord qu’apparemment la plupart des citadins présents ne ressentaient pas viscéralement ce que leur passage imposait à la nature environnante, ensuite qu’il est un rythme auquel s’accorder si l’on veut participer à cette vie globale, qui n’est pas celui de la vitesse mais plutôt celui de la contemplation, qu’il y a un temps aussi, plutôt aux heures matinales que tardives, où l’animal que nous sommes sent le danger. Et surtout, qu’il est ici question d’une attitude, plus que de petits gestes ou de grandes explications dans les media. « Etre » plutôt que « Faire » ou que « Dire ».

En conclusion, je dirai bien que le travail qui nous attend commence à l’intérieur de nous-mêmes et qu’il y est question d’humilité et de soumission aux lois supérieures de la Nature. Il y a du boulot !

Après ce billet d’humeur, voici une très rapide étude de texte pour ce mois de frimas:

La Horde du Contrevent / Alain Damasio

Un bonne adresse de chambre d’hôtes ou de gites dans les Alpes de Haute-Provence, près de Sisteron: le domaine Les Rayes (www.lesrayes.fr), très isolé et situé au coeur d’un paysage extraordinaire.

Octobre 2021


« L’espérance ne serait-elle que de l’utopie qui batifole », comme l’écrit mon ami Pierre Léger ? Vous avez deux heures.

Un petit mot d’humeur pour commencer: je suis comme tout le monde horrifiée par les photos des ordures qui stagnent à Marseille et sont peu à peu emportées par la mer, après avoir nourri d’énormes rats. Je ne peux cependant m’empêcher de penser que ce sont toujours les poubelles des autres qui nous incommodent, pas le sac que nous rajoutons personnellement sur la pile. Pourtant, ce pourrait être l’occasion pour les Marseillais d’essayer le zéro déchet. .. Bon, je sors.

Si vous n’avez pas encore acheté l’album CD « Brassens dans le texte » avec Yolande Moreau et François Morel, considérez comme une urgence d’aller chez votre disquaire. C’est beau, intelligent et drôle et on a bien besoin de ce rire irrévérencieux en ce moment.

Ma découverte de ce mois: Le Serpent Majuscule de Pierre Lemaître, un roman jubilatoire et qui vous donne du peps. Et voici pour vous donner envie:

« Le commandant n’est pas tranquille, la tranquillité, dans ce métier, c’est un ticket pour le cimetière. »

ou encore:

« Elle recharge son arme, elle ne veut pas arriver chez Henri les mains vides, ça ne se fait pas. »

Et puis je donne rendez-vous à mes lecteurs au dimanche 21 novembre à LUX 71 et aux Journées des Ecritures de Cluny ( en Bourgogne) du 3 au 5 décembre prochain. Je présenterai mon dernier roman « Alice des Deux Côtés du Miroir« , suite de « Les Fantômes du Futur » et quelques nouvelles co-écrites.

Prologue:

« Il est une planète plus belle que les étoiles, plus bleue qu’un diamant, plus douce qu’une orange. Elle danse sur la musique de l’univers, valsant inlassablement avec elle-même. Elle est l’Eden de la Bible, le rêve d’un dieu, elle est la Terre.

Il te suffit de poser les doigts sur une mappemonde, laisse-toi guider par le hasard. Suis le cours immuable de la rivière, sens les effluves qui montent de la vase, l’odeur de la vie qui pourrit et se renouvelle dans un éclaboussement de cellules. Si jamais tu aperçois un long coquillage aux sculptures nacrées à demi-enfoui dans le sable, ne le saisis pas, il est réservé pour l’Enfant. »

Et deux nouvelles recettes:

Mon tout dernier article sur la décroissance.

Deux Poèmes

Dansant comme des masques jetés à la face de la Prudence


Un peu d’émotion, des mots…

je vous offre ces deux textes d’Annick Bourbon Rochette

IVRESSE

Impatients et tremblants

Nous progressons du bout des doigts sur les sentiers interdits

Des rêves de chemins de traverse

A demi enfouis sous les ruines du Temps

Vivants pourtant

Ivres soudain d’arc-en-ciel

Dansant

Comme des masques jetés à la face de la Prudence

Mais à genoux devant la grâce musicale des étoiles,

Et, juste le temps d’un intervalle,

Comme un soupir posé sur la ligne de nos vies,

Liés

Par le fil d’un regard

Silence

Au début le silence.

Le Temps n’existe pas.

Pense, pense.

La Parole fut,

Futile,

Fut-elle

Divine ?

Là commence l’Histoire,

Noire, noire.

Au milieu le soupir

Silence, silence…

Vacarme et pause,

Pause et musique

Dansent, dansent

Blanches et noires

A la fin le Silence

Dense, dense.

2020


Entre promotion du roman Les Fantômes du Futur et écriture de la suite, je néglige trop souvent ce blog. Je souhaite cependant très sincèrement la bienvenue aux nouveaux abonnés.

Je vous encourage, pour ceux qui ont déjà lu Les Fantômes du Futur, à suivre la page https://annbourgogne.wordpress.com/2019/06/11/les-fantomes-du-futur/. Vous y trouverez quelques réponses aux questions que vous vous posez peut-être et des indications sur les rencontres avec les lecteurs.

J’ai proposé une nouvelle intitulée Champ Seigneur au concours « Du sang dans les Livres » de la Bibliothèque municipale de Chalon sur Saône. Le moment venu, en mars, vous pourrez voter par internet pour votre nouvelle préférée. Lorsque le concours sera terminé, je la publierai sur ce blog. Je me suis beaucoup amusée à l’écrire.

Lectures conseillées:

  • Le poète, philosophe et académicien François Cheng. Je suis plongée dans la lecture de ses quatrains qui touchent au plus profond de l’âme.
  • La Forêt Jardin, de Fabrice Desjours. Cette bible de la culture « autrement », très joliment illustrée, est aussi un hymne à la beauté du vivant, à sa manière.
  • Les romans de Valérie Perrin.

Autre information:

Rappel : retrouvez le mouvement des Coquelicots ( pour l’arrêt des pesticides) chaque premier vendredi du mois, souvent autour de 18h, devant votre mairie. Une demi-heure pour échanger des informations, s’organiser et montrer aux municipalités que nous restons vigilants et soucieux de la santé publique.

Un rêve étrange


Le rêve commençait bien. Blottie sous la couette, je profitais de deux jours de vacances offerts par mon cerveau dans un petit hôtel au charme suranné mais tout pimpant et bien confortable. Visites dans la ville, promenades sur les chemins de moyenne montagne, rythme tranquille : le temps passait si agréablement que je rentrais en cette fin d’après-midi avec la ferme intention de prolonger mon séjour.

Un peu fatiguée tout de même, je monte à ma chambre. Surprise ! La porte s’ouvre sur un décor différent, le lit défait, d’autres motifs sur les draps. Je comprends vite que je me suis trompée d’étage et je m’en excuse auprès de quelques femmes qui bavardent dans le couloir. Cela les fait rire, de manière un peu discourtoise. « Il n’y a qu’un étage ! « lance l’une d’elle. Je suis perplexe : je suis certaine que ce n’était pas une autre porte, pas celle au bout du couloir, ni celle en face du lavabo crasseux. L’endroit, si coquet hier encore, apparaît à présent sale et défraîchi. C’est comme si le lieu avait vieilli, pris cinquante ans tout d’un coup. Je vois bien que les autres locataires pensent que j’ai des problèmes de mémoire, la maladie d’Alzheimer vraisemblablement.

Il y a bien un escalier, menant à l’étage supérieur mais il semble depuis longtemps condamné par des poutres effondrées. Je sens monter la panique et je décide de me rendre à l’accueil pour tout éclaircir. Traînant ma grosse valise, je redescends mais il y a foule dans la petite entrée donc de l’attente. Les gens sont énervés, la personne à l’accueil répète que tout est complet. Mince, comment vais-je pouvoir garder ma chambre plus longtemps ? Je m’en veux de ne pas avoir prévu de le signaler plus tôt, hier ou ce matin en partant, mais peut-être était-ce déjà trop tard…

Je me place dans un renfoncement, à côté du comptoir, afin d’attendre sans gêner le passage et là, je m’aperçois que j’ai oublié mon sac à main dans le studio de vacances de ma mère. L’appartement est inoccupé pour le moment, cela va être difficile de récupérer rapidement mes affaires mais je vais téléphoner à maman et elle m’aidera à trouver une solution. Ah! sauf que je n’ai pas mon téléphone portable, resté dans le sac, sorte de petit sac à dos en imitation cuir, joliment fleuri. Pas de chéquier, de carte bancaire, de pièce d’identité non plus. En fait, je me rends compte que « ma vie » est dans ce sac : mon identité, mon « pouvoir » d’achat, ma liberté de faire ce que je veux. Je ne peux même plus me déplacer : comment prendre un train pour rentrer chez moi, sans argent pour payer le billet ? Je n’ai plus non plus ma place ici, le délai qui m’était accordé est dépassé. C’est comme si le Monde des vivants était complet, sans moi. Je me souviens d’ailleurs que ma mère est décédée, il y a plusieurs années. Je me sens comme une migrante, qui n’est plus d’aucun lieu.

Voyant mon désarroi, deux personnes souriantes s’approchent. « Ca va? » s’enquiert l’une d’elle. Je tiens absolument à me montrer positive et je pressens aussi que la solution qu’elles vont me proposer ne va pas me plaire du tout. Alors je réponds : « Oh, ça allait très bien jusqu’à ce matin, j’ai passé deux jours vraiment formidables ici. Là, tout de suite, ça va un peu moins bien parce que je n’ai plus mon sac. » Elles me font penser à deux anges, mais des anges d’âge mûr, sans ailes, avec l’air de bonnes vivantes aux joues roses et rebondies. Je n’ai vraiment pas envie de les suivre mais je pressens que c’est ce que je vais être obligée de faire. Doucement mais fermement, elles se placent chacune d’un côté de moi et m’emmènent…oh, sûrement pas très loin, juste à côté. Mais dans l’inconnu.

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