Annie Cordy – La Bonne du Curé


 

chanson sur youtube

Pour Gaëtan,

Voici donc l’étude d’une chanson gaie, destinée à faire rire, afin de redonner un peu de couleur rose à un blog parfois trop pessimiste.

 

Le texte laisse bien sûr toute sa place aux pitreries et au costume comique de « La bonne du Curé ». Ainsi « avoir du style » fera d’autant plus rire que le personnage en est très loin.

La musique souligne bien les rimes toutes les 3 syllabes, comme dans une comptine enfantine : J’ voudrais bien / Mais j’peux point. On entend même des choeurs qui font « oin oin oin », soulignés par un grincement de violon.

Le rythme est celui d’une danse pataude, avec de lourdes accentuations :

C’est point commode / D’être à la mode

Le langage et la prononciation caractérisent le personnage de fille un peu bébête, type Bécassine, et sortant de la campagne profonde. Le texte utilise des mots simples et des expressions démodées comme « point » au lieu de « pas ».

Enfin, il est traditionnel de se moquer de tout ce qui touche à la religion et en particulier du personnage du curé de campagne. Celui-ci est affublé d’une bonne qui est plus portée sur les plaisirs charnels que sur la religion. Le décalage est source de comique.

On rit ainsi de l’opposition entre cette brave fille auquel le diable donne des idées et des besoins sexuels décrits physiquement :

Ca me chatouille / ça me gratouille

et les grenouilles de bénitiers qui sont comme chacun sait ces vieilles demoiselles confites de dévotion, ayant en horreur le sexe et plus largement la joie de vivre.

Quand aux bêtises derrière l’église, le rire vient des souvenirs ou de l’imagination des auditeurs. La proximité du lieu saint ne fait qu’ajouter à la drôlerie. Et puisqu’elle ne peut pas s’en empêcher, ses bêtises lui sont pardonnées par une divinité amusée : le bon Dieu devenant pour une fois le bon diable.

La logique de cette brave fille nous amuse par sa naïveté :  la musique de Claude François est sans conteste plus festive que celle des cantiques. Cette fraîcheur est parfois bienvenue dans un siècle souvent bien cérébral. Là, « on ne se prend pas la tête »…

 

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La dame de Haute Savoie


La simplicité des mots de la poésie de Francis Cabrel me touche profondément, en particulier dans ce texte, le premier, je crois, que j’ai entendu de lui. Je vous livre d’abord ma lecture de ce texte et ensuite une utilisation possible en FLE (apprentissage du français langue étrangère) tant il me semble qu’on apprenne tellement mieux avec des chansons.

Je vous renvoie au texte sur Youtube https://www.youtube.com/watch?v=BUoUKJCHN7o

Tout d’abord le champ lexical du repos : « fatigué », « dormir » peut aussi faire penser à un repos éternel avec la blancheur et le froid de la neige, le blanc étant la couleur du deuil chez les asiatiques. Cette dame comme posée sur une haute montagne qui fait le lien entre le ciel et la terre semble avoir aussi le pouvoir de faire tomber la nuit… C’est le dernier refuge quand on n’a plus envie de faire partie du groupe humain.

Le narrateur est déjà coupé de ses semblables : son sourire n’est que de façade, il voit les autres déshumanisés, comme une meute. Le groupe est effrayant car il forme un tout et  ne semble pas constitué d’individus autonomes, sensibles et capables d’autonomie.

Il n’y a plus d’espoir puisque « demain » n’apporte rien d’autre comme le souligne le restrictif « que » : « plus que des murs » « que des cris ». Pour le moment présent, on pressent cette fatigue, cette lassitude de la vie, cette désillusion. On n’en n’est pas encore là comme l’indique l’utilisation du futur mais les conditions sont toutes réunies pour que cela arrive inéluctablement. Le « métier où tu marches ou tu crèves » est bien décrit au présent.

Paradoxalement, la mort souhaitée permettrait de sortir de cette brume, ce rêve qui caractérise le réel. La mort serait donc vue comme le soulèvement de ce dernier voile et la fin des illusions, comme quelque chose de plus concret que le présent.

Le troisième couplet montre ces « vacances » de la vie comme un décor somptueux : mélange de l’émerveillement de l’enfance avec le thème de Noël, les guirlandes qui tombent du toit et de l’infini du cosmos avec les étoiles. Cette dame qui nous attend est une sorte de fée : il lui suffit de claquer des doigts pour que la nuit descende, pour que notre dernier sommeil nous emporte.

Le temps n’est pas venu pourtant, il faut encore terminer la mission sur terre et « tout  » donner. Le chanteur sait qu’alors beaucoup seront tentés de s’accrocher à une religion qui redonnera un sens à leur vie. On s’accroche ainsi « au premier Jésus Christ qui passe ».

Il ne partira pourtant pas seul et les mains vides, son chien et sa guitare l’accompagneront, ce qui montre que sa vie n’aura pas été vaine, qu’il restera l’affection et la musique qui le suivront dans l’au-delà.

FLE

Utilisation libre de droits (en ce qui me concerne) pour l’apprentissage du français sur plusieurs séances. Ce texte permet l’apprentissage de vocabulaire de base et de quelques notions grammaticales de manière agréable.

On peut prévoir une carte de France et quelques photos afin de situer la Haute Savoie géographiquement et dans les esprits. L’apprentissage s’appuie ainsi déjà sur un socle.

Premier travail possible en  vocabulaire haut / bas – montagne – description de la photo avec arbre et sapin. Les couleurs : blanc / noir.

Je préconise de passer assez rapidement sur le vocabulaire, il y aura de multiples occasions de revenir sur ces mots courants. Il s’agit d’une première approche, il est inutile de tout retenir.

Puis la marque du féminin, en s’amusant de ce que le français attribue un sexe à une montagne.  Haut / Haute –   Bas / basse – blanc / blanche – Noir / noire

Laissons tomber pour l’instant la marque du pluriel sauf s’il y a question. On ne peut pas tout faire à la fois.

Puis écoute de la chanson puis distribution du texte et ré écoute, plusieurs fois selon les demandes.

Le titre donne l’occasion de voir le vocabulaire dame / femme / madame.

« Haute » et « Savoie » sont déjà vus.

Laissons tomber les déterminants ou éléments de coordination, prépositions… « la » « de ». Il convient d’apprendre d’abord à voir dans un texte oral ou écrit de quoi l’on parle, vaguement d’abord puis de manière progressivement plus précise. On s’intéresse donc surtout aux mots clés.

On poursuit avec le vocabulaire « fatigué »,  « dormir, « gens », « sourire » et « rire ».

Grammaticalement, on peut ensuite voir le verbe « écraser » avec « il écrase » et « ils écrasent ». Inutile de voir le même jour toutes les personnes.

Ils ne restera à voir en vocabulaire que « phrases » « mots » « dire »et « murs » pour terminer le premier couplet.

On pourra ensuite revenir sur ce premier couplet après l’avoir chanté et un peu mémorisé avec l’interrogatif « Quand » et en  conjugaison : j’étais /je suis / je serai. Inutile de se farcir la tête avec l’infinitif et les autres personnes pour le moment.

La troisième phase pourra consister à simplement répondre aux questions. C’est vraisemblablement là qu’apparaîtront « Chez » et « j’irai ». Bien sûr, le rapprochement « j’irai » et « je serai » pourra donner l’occasion d’élargir avec  « je chanterai » par exemple et « je dirai », « je dormirai »… Attention à ne pas mêler tout de suite « je voudrais » et « j’aimerais » qui sont souvent utilisés au conditionnel.

« Voleront en éclats » peut être simplement expliqué avec l’équivalent « se casseront ». On peut ajouter la troisième personne du futur à cette occasion et reprendre les verbes vus précédemment.

Tout cela, je le répète, s’inscrit sur plusieurs séances. Il vaut mieux passer du temps sur le plaisir de chanter, ce qui permet de travailler sans même s’en rendre compte la prononciation et en particulier l’appui sur les finales des mots. On pourra remarquer à l’occasion que les voyelles sont  toujours fermées en fin de mot (on promonce « fatigu – é et non pas fatigu – ai).

Le reste de la chanson pourra s’étudier dans le même esprit avant de revenir, avec ce texte ou un autre pour éviter la lassitude, sur les déterminants et tous les « petits mots » laissés de côté et élargir l’étude aux mots de la même famille : montagne / montagneux…

 

 

 

sorte de poulet chasseur


Ingrédients :

  • un poulet fermier
  • vin blanc
  • champignons (en boite si on veut)
  • crème
  • farine ou fécule
  • ce qu’on a sous la main : oignons, carottes, pesto, reste d’olives apéritif, figues fraîches, beurre persillé…

Vous commencez la préparation tout de suite après le petit déjeuner car cela mijote doucement et longtemps (1 à 2 heures).

  • Découpez le poulet, pelez et couper les 2 carottes en tranches fines, épluchez et coupez les 3 oignons.
  • Faites revenir tout cela dans un mélange beurre et huile.
  • saupoudrez de farine ou fécule et remuez bien encore.
  • arrosez de vin blanc et d’un petit peu d’eau en remuant encore.
  • salez, poivrez, pimentez d’espelette…2 feuilles de laurier seront les bienvenues.
  • ajoutez pesto, beurre persillé (1 cuillère à café de chaque)
  • ajoutez olives et champignons.
  • Monter à une très légère ébullition puis laissez mijoter à feu très doux.
  • 30 mn avant la fin, ajoutez les figues
  • 10 mn avant la fin, ajoutez la crème fraiche.

La viande doit bien se détacher de l’os. On peut servir sur des croûtons aillés ou avec du riz en accompagnement.

Je me suis bien régalée, je vous souhaite la même chose.

 

Automne 2017


Voilier de Gilles (58)

Conseiller un bon livre ou un bon film, c’est comme offrir un cadeau. Pour ma part, je l’apprécie tout autant. Alors, pour fêter mes nouveaux abonnés et remercier les anciens de leur fidélité voici ma moisson d’automne :

Livres : 

  • The Giver – Lois Lowry ( Le Passeur en français)

C’est un roman initiatique pour adolescents mais sa lecture nous interpelle, quelque soit notre âge, et nous fait longuement réfléchir. Paru en 1993, il est étonnamment actuel et résonne profondément. C’est le premier d’une trilogie, donc de bons moments de lecture en perspective. Ce tome-ci vous fera intensément ressentir l’importance et le poids de la mémoire, de la liberté et des choix de vie. C’est le genre de roman qu’on a du mal à poser avant la fin. Le texte original ne présente pas de difficulté, profitez-en pour le découvrir.

  • Tales of the Otori – Lian Hearn / Accross The Nightingale Floor

Encore une trilogie ! Ce conte féodal asiatique est très bien écrit : c’est un véritable  plaisir ! Les personnages sont complexes, l’action prenante. On retrouve les éléments du conte et notre âme d’enfant mais l’auteur s’adresse bien aux adultes. La perte irrémédiable et brutale de l’enfance, les deuils, l’esprit de vengeance qui s’oppose à la fidélité à des valeurs, l’importance de l’apprentissage et les talents que nous pouvons cultiver, l’idée que rien n’arrive tout à fait par hasard sont autant de thèmes qui m’ont plu et, là encore, donnent à réfléchir.

Film :

  •  Tous les soleils – de Philippe Claudel

Daté de 2011, c’est un film dont on ressort plein d’énergie et d’envie de mordre dans la vie à pleines dents. Magnifiquement interprété, avec de beaux personnages et ce fabuleux thème de l’amour dont on ne se lasse pas : amour pour une femme mais aussi amour filial, fraternel, parental; l’amour qui entraîne parfois sur une fausse piste au lieu de la vraie vie… Enfin, là encore de quoi alimenter un « après- film » si vous le regardez avec des amis.

La musique est d’ailleurs un personnage à part entière, celle de la Tarentelle qui vous guérit de la piqûre de la tarentule, le mal d’amour.

J’ai de loin préféré ce film à « Il y a longtemps que je t’aime » du même auteur. Je suis, c’est vrai, très difficile, et je n’aime ni les comédies sans profondeur ni les films tristes. Il est pourtant difficile de parler de choses graves sur un ton léger, c’est un pari réussi ici.

Articles du blog :

Pensées diverses:

  • Je conseille aux curieux les cours d’Hébreu ancien à l’Université Populaire de Chalon sur Saône. Le professeur, Monsieur Chaveneau, est passionné et passionnant. Jamais je n’aurais eu l’idée d’étudier cette langue, n’étant aucunement attirée par cette civilisation mais j’aime les alphabets différents, j’aime comprendre comment une langue, une écriture, se forme, se développe. Et pensant qu’on allait me parler de choses très anciennes, ce qui est d’ailleurs le cas, je me suis aperçue qu’on me parlait d’humanité et aussi de moi-même, en fait. A tester, auprès de quelqu’un d’aussi érudit, laïc et athée que lui, si possible.

Au détour d’une conversation, j’ai ainsi appris que le cimetière se dit en hébreu « maison des vivants », de quoi alimenter pensées et divagations…

 

Printemps été 2017


Nous avons le sentiment d’être à la fin de notre type de société. La consommation, le « n’importe quoi » va bientôt finir, que cela nous plaise ou non. C’est angoissant mais aussi quelque part c’est passionnant de vivre une charnière historique. Si nous savons encore anticiper et ne pas attendre d’être dans le mur, cela peut très bien se passer. Cela sera accompagné peut-être par des élections, mais pas seulement. Cela viendra plus certainement du niveau local : quelques individus se regroupant et amorçant cette métamorphose du vivre ensemble, des communes mettant en œuvre de nouvelles idées, servant d’exemple à d’autres.

Bref, regardez le film Demain et vous aurez retrouvé le moral et l’envie d’avancer.

Des articles:

cous de poulets mijotés aux légumes

Queue de boeuf

Crumble ou Tatin de rhubarbe

Objets du passé

Suggestions de lecture :

  • La Fille d’Avant de J-P Delaney

Ce roman policier n’est pas le meilleur du siècle mais il m’a plu pour sa construction originale, sa modernité et son suspense. L’analyse psychologique est intéressante.  La maison a un rôle à jouer, de multiples manières. La réflexion sur les rapports entre architecture et santé mentale n’est pas non plus dénuée d’intérêt. Enfin, à « la fille d’avant » du titre répond « le garçon d’avant » dans la biographie de l’auteur, et c’est un clin d’œil émouvant.

  • La série des romans policiers de Camilla Lackberg

L’un de mes préférés est Le Tailleur de Pierre » mais il est très important de les lire dans l’ordre.

  • Le polar de Kriss Gardaz : Dans le Silence des Oiseaux. Editions l’Astre Bleu.

Toujours très bien écrit: cette auteure ne se contente pas d’à peu près et recherche toujours le mot juste. On a beaucoup de mal à lâcher ce livre une fois qu’on l’a commencé. L’action s’inscrit dans un temps et un lieu très précis, de nos jours et en Bourgogne du Sud, aux alentours de Tournus. Lisez-le donc rapidement, dans quelques années, il aura probablement pris un petit air rétro.  En plus j’adore l’image de couverture. Je ne veux pas en dire plus pour vous laisser l’intégralité du plaisir de la découverte.

L’Héritière


Ce film de 1949, que j’ai vu par hasard et par défaut au festival Lumière de Lyon, n’a pas pris une ride. Moi qui n’aime pas les vieux films en noir et blanc et qui suis très difficile à satisfaire, j’ai complètement adoré. Je me demande même si on ne le voit pas de manière complètement différente aujourd’hui, alors que nous avons plus de connaissances en psychologie, parfois bien superficielles.

On peut s’identifier au personnage, médiocre en tout, sauf en travaux d’aiguille et tapisserie. C’est souvent ainsi que l’on se voit quand on est jeune ou adolescent. Vos qualités ne sont pas appréciées, que ce soit en famille ou à l’école. Son père est désespéré. En société, personne ne la remarque, elle n’ose d’ailleurs pas ouvrir la bouche et n’a aucun esprit ni goût pour la conversation. Les cours de danse ou de musique ne peuvent la rendre plus gracieuse : elle n’a pas d’oreille, chante mal, danse mal. A l’époque et dans son cercle social, c’est une tare pour une femme.

Elle aime énormément son père et donnerait tout pour lui faire plaisir mais celui-ci la méprise et ne cherche aucunement à la rendre heureuse ou à la comprendre. Sa femme qu’il adorait est morte en mettant au monde cette enfant et il n’a de cesse de la comparer à l’image de perfection qu’il garde en souvenir. On comprend mieux pourquoi la jeune fille est tellement « couleur muraille » devant un objectif à ce point éloigné d’elle.heritiere3_t

Lorsqu’elle va tomber amoureuse d’un « coureur de dot », son père et sa tante vont avoir deux réactions opposées. Lui veut la mettre en garde et la protéger, elle pense qu’on ne peut lui refuser ce court instant de bonheur, même au prix d’une grande désillusion future.

On voit les thèmes dont on peut parler en classe ou entre amis après avoir vu ce film.

Olivia de Havilland recevra son deuxième oscar pour ce film de William Wyler, qui est une adaptation d’une pièce de théâtre à succès, elle-même tirée d’un roman d’Henry James paru en 1880 : Washington Square. L’histoire a également été reprise à l’opéra. Je n’ai pas vu la reprise de 1997 par Agnieska Holland.

Les dialogues sont ciselés et on rit souvent malgré le thème assez triste de la jeune fille trop naïve. Olivia de Havilland joue avec une finesse remarquable toutes les nuances de l’évolution psychologique de l’héroïne. A la fin, devenue cruelle dans sa vengeance, elle répondra à sa tante qui lui en fait la remarque : « J’ai eu de grands maîtres » en parlant de son père et de son fiancé.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la découverte de ce chef d’œuvre.