Mettre des mots sur des maux


Ce blog n’a pas pour vocation de parler d’actualités, mais toute règle est faite pour être parfois transgressée et ce ne sont pas les dessinateurs de Charlie qui me démentiront. Il y a plusieurs idées et émotions mêlées et coincées en travers de ma gorge qui demandent fortement à s’exprimer.

Je sors d’une sidération de plusieurs jours, je suis en deuil. Comment expliquer cela : je n’appréciais pas toujours Charlie Hebdo, et cela aussi il faut pouvoir le dire,  mais ces dessins ont fait partie de ma vie depuis mon adolescence, ils sont quelque part dans ma construction, et même dans les bases, tant l’humour est indispensable.

Ma fille dessinatrice a dit « mais on ne peut pas être assassiné pour un dessin quand même ! » et elle aussi a donné sa réponse :

Lza pour Charlie

Il y a eu de nombreux morts, et pour chacun d’eux et pour leur famille, pour ces jeunes policiers, pour ces anonymes, au mauvais moment au mauvais endroit, pour tous j’éprouve un énorme chagrin, pourtant, aujourd’hui, là n’est pas la question. Mon immense peine vient de ce qu’on ait si violemment attaqué mon pays dans la plus belle de ses valeurs, dans sa devise même : La Liberté. Et en fait on a attaqué toutes les personnes de par le monde qui portent cette valeur en eux comme fondamentale du « vivre ensemble » et cela s’est vu, chacun en sortant de chez lui et en affichant « je suis Charlie » a déclaré qu’il se sentait personnellement attaqué. Et pour certains, il s’agissait de personnes qui n’aimaient pas cette publication mais encore, là n’est pas la question. Et ces images de foules ou d’individus qui partageaient notre peine m’ont aidée et redonné espoir en l’humanité.

Certains, certaines, l’ont fait au péril de leur vie, avec le courage de Charb, comme la journaliste syrienne Zaina Erhaim.

D’autres l’ont fait avec leur talent : merci à Grand Corps Malade, merci aux 150 musiciens de Londres, merci à Abd Al Malik, merci à tant d’autres.

Comme toujours dans les moments de crise, certains se dévoilent, et l’attitude du jeune employé de l’épicerie Casher est là aussi pour nous redonner espoir en cette humanité que certains veulent piétiner, nier.

C’est cet espoir qui nous servira de levier pour soulever le monde car la réponse sera difficile et il faudra beaucoup d’intelligence collective pour la trouver et la porter.

Individuellement, on doit exprimer sa douleur et sa colère, avec des mots, des dessins, des œuvres d’art, des larmes, des prières mêmes. Chacun s’exprime à sa manière, nul n’est tenu de « copier » Charlie ni même de se conformer à ce qu’auraient souhaité ces individus assassinés.

Collectivement, la réponse devra se trouver sans colère car la colère est mauvaise conseillère. Nous sentons bien que nous sommes sur un fil, et de notre intelligence individuelle et collective dépendra notre survie. Pas de haine, pas de violence, pas d’amalgame, pas de bouc émissaire, bien sûr c’est déjà énorme et cela va à l’inverse de notre instinct et de la manière dont les peuples ont toujours réagi dans l’Histoire.

Mais ce n’est pas encore suffisant, on ne peut s’arrêter à ce qu’il ne faut pas faire. et un élément de réponse se trouve dans la Lettre ouverte au monde musulman, du philosophe Abdenour Bidar.

La bêtise étant ce qu’il y a de mieux partagé, sachons balayer devant notre porte : nous avons aussi nos extrémistes politiques ou religieux, qui quotidiennement essayent de peser sur nos vies individuelles. Ils manifestent pour empêcher des personnes de s’aimer librement, ils jettent de l’huile de vidange sur des spectateurs d’une pièce qu’ils n’apprécient pas (oui, en ce moment, à Paris). Il va aussi falloir les empêcher de nuire, avec nos mains nues et nos mots, nos dessins, nos échanges d’idées.

Tous ensemble, faisons que d’un mal sorte un bien.

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2 commentaires sur « Mettre des mots sur des maux »

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