Le conte de Sophie Canétan – Béatrix Potter


 

aquarelle animalière par Patryck

Ophelia de Millais
Ophelia de Millais

Le conte de Sophie Canétan (Jemima Puddle duck)

Les charmants animaux anthropomorphes imaginés par Béatrix Potter n’ont pas pris une ride depuis le XIXème siècle. Ils enchantent toujours petits et grands dans le monde entier et sont devenus une valeur commerciale sûre. Peut-être représentent-ils un refuge contre le bruit et la fureur du monde actuel. Sans doute apprécie-t-on aussi les talents de la dessinatrice animalière.

   Helen Beatrix Potter est née le 26 juillet 1866 à Londres où elle a passé son enfance. Elle a vécu ensuite la majeure partie de son existence dans les environs d’Ambleside, dans le Lake District qu’elle affectionne. Elle décède à l’âge de 77 ans le 22 décembre 1943.
 
 On ne peut comprendre Béatrix Potter sans connaître un peu son milieu familial.  Son père est juriste. Le milieu est très rigide, politiquement conservateur et très attaché aux traditions.
L’imagination et les qualités artistiques ne sont pas absentes, loin de là, puisque son père s’intéresse beaucoup à la peinture et à la photographie. Photographe amateur lui-même (pour rappel, Nicéphore Niepce inventa la photographie en 1822), il est un assidu des expositions de peinture de la Royal Academy. La jeune Beatrix se passionne pour les préraphaélites.

Pendant ses vacances à la campagne, elle étudie la nature en véritable scientifique, en particulier les champignons. Elle est aidée en cela par son oncle, le chimiste Henry Roscoe. Mais à l’époque, être une femme lui ferme les portes de la communauté scientifique. Elle ne peut même pas assister à une conférence où l’on présente les résultats de ses recherches personnelles sur les lichens.

Imaginons une famille de bourgeoisie aisée de la deuxième moitié du XIXème siècle: parents peu démonstratifs mais offrant voyages, sorties culturelles et jouets à leurs enfants. Le matériel d’aquarelle entre dans cette dernière catégorie. En effet, les parents de Beatrix lui refusent le statut d’adulte pendant très longtemps et ne prennent aucunement au sérieux son «passe-temps».

Si Beatrix parvient à sublimer sa vie en se passionnant pour la peinture, son frère Bertram a moins de chance. Il se réfugie dans l’alcool et n’ose avouer à ses parents son mariage. Il partira chaque année en vacances plusieurs semaines avec ses parents sans sa femme et ses enfants!

 Une fois mariée, elle abandonne l’écriture et le dessin pour se consacrer à l’élevage. Ecologiste avant l’heure, elle se bat pour ses convictions et pour la préservation de la région des lacs qu’elle affectionne. Elle élève de nombreux animaux et parmi eux des lapins, les véritables descendants de Pierre Lapin (Peter Rabbit).

L’ennui comme source de créativité

Cela n’est pas sans rappeler la famille Brontë dont les enfants grandirent dans un environnement austère, isolés du reste du monde. Ils imaginèrent un univers où ils vivaient des moments autrement plus exaltants que dans leur quotidien. Si leur frère sombra lui aussi dans l’alcool, les deux sœurs Emily et Charlotte en tirèrent des romans à l’atmosphère originale.

Sa peinture
 
 On retrouve facilement dans la genèse de ses sujets la beauté des paysages naturels du Lake district. Ses personnages reflètent évidemment l’immaturité affective dans laquelle elle se complait. Les couleurs rappellent quelques tableaux de préraphaélites comme celui qu’elle préfère entre tous: «Ophélia» de Millais.
L’histoire de Jemima Puddle duck ou Sophie Canetan
 
 Bien qu’écrivant pour les enfants, elle a le souci du vocabulaire juste même si les mots sont parfois difficiles. Son œuvre a une qualité et une exigence qui évitent mièvrerie et facilité. C’est peut-être là une des raisons de son succès et de sa longévité.

Comme dans tous les contes, le héros, ici la cane Sophie, se trouve confronté à un problème: la fermière ne lui fait pas confiance pour couver ses œufs, Sophie ne restant pas en place très longtemps. Après des essais infructueux pour cacher ses œufs, Sophie décide de quitter la ferme pour trouver un coin tranquille.

La voilà donc partie sur la petite route qui monte au sommet de la colline. Il y a bien sûr un bois et un renard. Elle fait de nouvelles expériences comme celle de voler, on pourrait ajouter «de ses propres ailes» pour rendre le double sens de l’expression de l’adolescent qui quitte le domicile (le nid?) familial.

Le renard a l’allure élégante d’un gentleman. Il lit tranquillement son journal assis sur un tronc d’arbre. Il s’adresse très poliment à Sophie qui bien évidemment ne se méfie pas et lui explique son problème. Il se montre très compréhensif, en particulier lorsqu’elle se plaint des poules qui la regardent de haut.

Il lui propose aussitôt de déposer ses œufs dans sa résidence d’été, curieusement emplie de plumes mais très confortable. Il ajoute qu’il aime vraiment beaucoup les canes en général et ne se lasse pas d’admirer ses œufs.

On imagine la suite: la pauvre cane est si naïve qu’elle se met elle-même à la recherche d’herbes aromatiques pour une omelette. Ces mêmes herbes servent généralement à assaisonner la cane rôtie…

Fort heureusement, s’il n’y a pas de fée, il y a un chien de garde qui a deux jeunes amis canins dans le voisinage. Ils sauveront Sophie in extremis et la ramèneront en pleurs au village.

Autres personnages de Beatrix Potter
 
 Beatrix Potter observe les personnes qui l’entourent mais aussi les animaux dans leur milieu naturel. Elle dit qu’elle peut montrer le logis de Madame Piquedru la lingère : il s’agit d’un terrier qu’elle a vu lors d’une promenade.

Peter Rabbit (Pierre Lapin), dont le modèle est le lapin de compagnie de la jeune Béatrix, est certainement le plus connu de ses personnages.

L’histoire fut écrite à l’origine pour le plus jeune fils de son ancienne gouvernante en 1893 sous la forme d’une lettre enrichie de dessins. Miss Potter décida plus tard de le publier mais elle dut le faire à compte d’auteur car aucun éditeur ne voulait prendre ce risque.

Les dessins ne furent colorés qu’en 1902 dans une nouvelle édition, tirées à 250 exemplaires. Le succès fut immédiat: Conan Doyle, entre autres, en acheta pour ses enfants.

Jeremy Fisher (Jéremie Pêche-à-la-ligne) lui a été inspiré par un ami de la famille. On ne sait pas s’il s’est reconnu.

Commerce

Le musée a été prévu par Béatrix Potter. Il est situé dans une de ses maisons: « Hill Top Cottage », à Sawrey (Cumbria), dans la région du lac Windermere.

Comme sa peinture, cette bâtisse apparaît comme une partie importante de sa vie mais qui n’est que la façade qu’elle veut bien montrer: elle y a peu vécu. On y retrouve cependant l’esprit de la campagne qu’elle affectionne mais on ressent aussi un peu de l’atmosphère de la bourgeoisie londonienne avec le goût des beaux objets.

De petites scènes replacent ses personnages dans leur décor. Les produits dérivés sont innombrables: peluches, tasses, posters, mobilier d‘enfants… Une aquarelle originale de Pierre Lapin s’est vendue à plus de 16000€.

Pour aller plus loin 
Beatrix Potter's tales
Beatrix Potter’s tales
  • Un passage très intéressant sur la vie de Beatrix Potter dans «Demeures de l’esprit» par Renaud Camus – Fayard ainsi que plusieurs vues d’une de ses demeures.
  • La visite du musée dans le Lake District en Angleterre
  • Le roman «Miss Charity» de Marie-Aude Murail
  • Le film de Chris Noonan «Miss Potter» – 2006
  • The Tale of Jemima Puddle Duck and other farmyard tales by Beatrix Potter – éditions F. Warne and Co
  •  John Everett Millais: Ophelia 1852 Tate Gallery, London
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